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Vérités et mensonges sur le tennis et la botanique (Roland Garros et les serres d’Auteuil)

« Je le jure, je ne démolis que des baraques à jardiniers ». Interrogé sur l’extension de Roland Garros, lors de son compte-rendu de mandat 2010, le Maire de Paris l’a assuré : les serres classées aux monuments historiques seront préservées. C’est vrai. Mais il est faux d’affirmer que ne seront détruits  – si le projet voit le jour – que des locaux techniques sans intérêt. Les serres chaudes, récemment restaurées, contenant des collections rares, et construites sur un site inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, sont bien vouées à la destruction. Ainsi que des bâtiments remarquables, dont l’Orangerie, qui n’ont rien de baraques à jardiniers. C’est ce que nous avons constaté samedi matin (photo).

Avec quelques conseillers de Paris Europe Ecologie Les Verts (Fabienne Giboudeaux, Danielle Fournier, Christophe Najdovski, Yves Contassot et moi), nous nous sommes rendus sur place, plans à la main, accompagnés de riverains et militants. Rendez-vous avait été pris à l’entrée du Jardin des poètes. Celui-là même qui sera en grande partie sacrifié pour permettre à quelque 460 000 spectateurs d’accéder aux courts pendant les 15 jours du tournoi.

Nous progressons, fendant le froid, la neige crissant sous nos pas. Au détour d’un bosquet nous découvrons majestueuses, soudain jaillies de la grisaille, les serres classées, adossées ou presque, aux courts de Roland Garros. Et tout près, à gauche, d’une hauteur plus raisonnable, les serres chaudes, entièrement rénovées en 2004. Ce sont elles qui devraient laisser la place à un court semi enterré de 7000 places. Alors une première certitude s’impose. Les serres classées vont être étouffées, invisibles, coupées de tout lien avec les serres de travail et les pépinières et très vite sans opportunité de rester sur le site. Et donc rapidement vouées à autre chose que conserver des plantes, car tellement facile à transformer en un lieu de réception pour VIP.

Mais la vraie surprise se produit lorsque nous pénétrons à l’intérieur des serres chaudes. Le lieu est ouvert au public. Une signalétique et une documentation pédagogique permettent de guider le visiteur à travers les collections de plantes rares et remarquables, certaines quasiment uniques, car en voie de disparition. Dans la tiédeur du lieu, qui peu à peu nous détend, nous découvrons, ébahis, un patrimoine végétal d’une richesse et une diversité extraordinaires. En cette année mondiale de la préservation de la biodiversité nous venons de pénétrer à l’intérieur de l’un des joyaux du patrimoine botanique de Paris.

Pour défendre ce lieu, une pétition a déjà recueilli 23 000 signataires. Il est encore temps de se mobiliser et de la signer. Car, il est faux de dire que la Commission des sites a donné son accord à la destruction des serres. Yves Contassot, qui y siège pour les écologistes le note dans son blog : la Commission n’a donné son accord que pour la poursuite des études. L’étape du dépôt du permis de construire sera déterminant. Il reste donc encore un peu de temps avant que ne se commette l’irréparable.

Les courriers que Françoise Hardy, Erik Orsenna et Nicolat Hulot ont envoyé au maire de Paris semble le laisser de marbre. Ces perches tendues pourraient pourtant servir une sortie par le haut. L’abandon de ce mauvais projet au profit d’un autre situé ailleurs et plus ambitieux qui, s’il faut faire quelques concessions au sport business, pourrait faire consensus.

En effet, à l’heure de Paris Métropole l’obstination du Maire est incompréhensible. De nombreuses collectivités du grand Paris sont disposées à accueillir le tournoi de tennis. Paris doit être solidaire des communes voisines. Réaliser de toutes pièces un aménagement dans un lieu adapté avec un foncier disponible est évalué à 250 millions d’euros. Un montant qui pourrait être financé en partie par la Ville si elle tient à ce que le nouveau Roland Garros porte son nom. Le tournoi de Roland Garros Paris-Versailles, par exemple, ça aurait de la gueule, non ? Cette décision serait le premier acte fort et concret, la première pierre du Grand Paris (ou Paris Métropole).

C’est possible, à condition de mettre en œuvre concrètement les changements, pas de s’en tenir aux discours. Et de faire preuve d’audace. Mais le conservatisme va parfois se nicher là où on ne l’attend pas.

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Un commentaire

  1. Cher monsieur,
    ayant pris l’initiative de la pétition SAUVONS LES SERRES D’AUTEUIL, qui en est à 26 000 signataires au bout de deux mois, je ne peux que me réjouir de votre soutien à notre juste cause. Vous avez parfaitement compris que si Roland-Garros met le pied dans les Serres d’Auteuil, celles-ci sont condamnées à disparaitre à brève échéance. Et qu’il faut, en effet,penser à des sites alternatifs et faire preuve d’imagination, comme vous le suggérez. Les riverains et moi-même vous adressons tous nos remerciements et comptons sur vous! Lise Bloch-Morhange