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LMP* La Motion Participative : une écologie autonome, radicale, responsable

Avec Karima Delli, Yves Cochet, Lucile Schmid, Alain Lipietz, Elise Lowy, Edouard Gaudot, Clarisse Heusquin, Jacques Boutault, Marie-Claude Fournier, Olwen Denes, Noelle Le Maulf, Benjamin Joyeux, Mélanie Vogel, Alain Coulombel, Françoise Alamartine, Jérome Gleizes, Agnès Sinaï, Jean-Jacob Bicep… nous vous proposons de rejoindre la dynamique de la Motion participative, en vue du Congrès EELV qui se tiendra fin novembre.

Nous vivons une période singulière de l’humanité, l’anthropocène, une nouvelle ère géologique marquée par l’activité humaine. La marche insensée d’une société industrielle obsédée par la chimère d’une croissance infinie nous presse de tout changer.

Mais irons-nous vers l’espoir comme au XVIIIe siècle ou vers la catastrophe comme il y a cent ans ?

Chômage de masse, dérèglement climatique, productivisme forcené, tentations autoritaires… les crises s’aggravent. Précarité et inégalités explosent, diffusant les colères extrémistes dans la société. Alors qu’institutions et élites sont rejetées, les rangs des Indignés grossissent, ici et ailleurs. En France, après la défaite de Sarkozy, le soulagement a laissé place à l’exaspération. Et malgré les progrès de la conscience écologiste, nous sommes repassés d’alternatifs à supplétifs. Nous pesons si peu que la question de la sortie du gouvernement se pose.

Les enjeux dépassent largement notre sphère nationale. Biens communs, biodiversité, justice globale, démocratie… Du combat des sans-terres indiens aux petits maraîchers bios, des lanceurs d’alerte isolés aux déserts médicaux débordés par l’explosion des maladies industrielles, de Snowden prisonnier du Big Brother mondial aux hackers ordinaires, ces militants du quotidien convergent dans un même mouvement, une écologie politique mobilisée, exigeant une traduction institutionnelle de leurs luttes.

Alors redevenons nous-mêmes, innovons, proposons et agissons. Décolonisons les imaginaires à coup d’écologie joyeuse, créative et partagée. Soyons à la fois radicaux et responsables, idéalistes et pragmatiques.

Discutons sans tabous des questions qui fâchent : participation au gouvernement, relance de l’espoir né des origines d’EELV. Face à un parti tenté par le repli, comment renouer avec le mouvement social, et les possibilités d’influer la politique du pays et de l’Europe ?

Changer de modèle : vivre heureux sans croissance

Épuisement des ressources, dérèglement climatique, perte de biodiversité… ce modèle de développement est insoutenable. « La croissance » n’est pas la solution mais le problème car notre empreinte écologique dépasse les capacités de régénération de la biosphère. La conclusion est simple et forte : sobriété et partage sont les seules issues écologiques, démocratiques et solidaires, viables dès à présent et pour les générations à venir.

  • La nouvelle société écologique : produire et consommer écolo, la démocratie au cœur de la décision

Cessons de trancher bureaucratiquement les débats sur l’énergie, la sécurité alimentaire et notre système économique. Ouvrons-nous à la société. Moins, mieux, autrement : mettons la transition en œuvre. La question sociale doit rester au cœur des propositions écologistes, et la contribution climat énergie ou autres pollutaxes n’iront pas sans aides aux plus modestes.

Résorber la dette publique, ce n’est ni rechercher la croissance, ni réduire les services publics, mais combattre les niches fiscales anti-écologiques et anti-redistributives pour renforcer la progressivité de l’impôt vers un véritable revenu maximal.

Sortons de la logique du gaspillage, de l’abrutissement publicitaire et de l’injonction consumériste, par la qualité écologique des produits locaux, l’affichage du coût carbone des produits, l’encouragement des filières d’écoproduits à bas prix sans obsolescence programmée, la propriété partagée et la consommation collaborative. Moins de biens, plus de liens, pour faire décroître notre consommation matérielle, pour une sobriété choisie et une prospérité partagée.

  • Donner corps à la solidarité

Intergénérationnelle et universelle, la solidarité est la manifestation de nos interdépendances. C’est un choix politique fondamental, pour l’épanouissement individuel, l’égalité femmes/hommes, la lutte contre toutes les formes de discriminations ; celui de la cohésion d’une société apaisée, ouverte, non-violente, laïque, respectant les croyances et aspirations de chacun-e.

De nouveaux espaces d’autonomie individuelle et collective émergent déjà, préparant la sortie des crises ; encourageons cette dynamique, vers la transition et la décroissance, par une solidarité réorganisée, la création de nouvelles activités et une mobilité professionnelle choisie et sûre.

Nous irons à contre-courant des idées reçues, porter haut notre idéal de transformation sociale, alors que la gauche de gouvernement y a renoncé, qu’il s’agisse d’augmenter le temps libre, de réduire le temps de travail, ou de créer un revenu d’existence universel, personnel et inconditionnel, pour affranchir les individus de l’angoisse du chômage, de l’exclusion, et de l’emprise du travail.

  • Une République parlementaire dans une Europe fédérale

Dans nos sociétés multiculturelles et globalisées, la légitimité démocratique doit retrouver un nouveau souffle. Pour un régime parlementaire, la proportionnelle est la mère de toutes les batailles, outre le non-cumul des mandats, la lutte contre les conflits d’intérêts et un statut de l’élu nécessaire pour faire de la fonction élective un temps social à part entière.

Alternative à la métropolisation et au déséquilibre des territoires, un fédéralisme différencié reste à construire, sur des régions fortes, dotées de compétences normatives, défendant les langues et spécificités régionales, dans un esprit de coopération sans particularisme. L’autonomie fiscale implique un système de péréquation et de coopération.

L’avenir de notre République renouvelée passe par une actualisation des règles de subsidiarité dans une Europe fédérale. Notre Europe écologiste est un horizon, une étape vers la démocratie mondiale, pas un instrument au service de l’oligarchie globale.
Mais cet idéal est aujourd’hui menacé par un bureaucratisme absurde imposant l’austérité au profit des intérêts privés. Passons de l’Europe des technocrates à la démocratie européenne, du TSCG à un Pacte Social. La critique des politiques régressives menées par des coalitions conservatrices libérales-sociales-démocrates ne peut être un prétexte au repli national.

L’intégration politique de l’Europe est le levier de la transformation écologique, vers une UE régionaliste, solidaire, parlementaire, transnationale, qui protège et cultive sa diversité culturelle contre les « identités meurtrières », assume ses responsabilités dans le monde, et non la défense des intérêts d’États ou de lobbies.

Une stratégie : rassemblés, radicaux, responsables

Le gouvernement actuel est sourd à l’urgence : statu quo sur le nucléaire, austérité budgétaire, absence d’ambition sur l’Europe, oubli de la révolution fiscale, recul sur le cumul des mandats, allongement de la durée de cotisation de retraite, crédit d’impôt aux entreprises sans critères sociaux et environnementaux, abandon du récépissé pour les contrôles d’identité et peut être du droit de vote des étrangers, évacuation de campements Roms… ce sont des boas qu’avalent les écologistes ! Les principes économiques – retour de la croissance, allègement du coût du travail, orthodoxie budgétaire – sont antinomiques avec l’écologie. Comment imaginer un changement de cap quand celui-ci est la croissance ?

Alors faut-il continuer à amender à la marge ? « Nous ne pouvons-nous satisfaire de rafistolages. Conscients de la gravité des enjeux, puisque tout est déréglé, nous proposons de tout changer » (synthèse de La Rochelle). Avons-nous été à la hauteur de cette ambition ? La question de la rupture des majorités se pose à tous les échelons : municipal, régional et national.

Quand nos partenaires dévient des accords de mandatures, nous ne devons ni nous taire ni claquer la porte immédiatement. Un gouvernement, un parlement, un conseil municipal ou régional, n’est ni un lieu qu’on déserte à la légère, ni un poste honorifique justifiant des compromissions inacceptables. On s’y bat, au risque de s’en faire exclure, pour faire respecter les contrats, en prenant l’opinion et les mouvements sociaux à témoin, pour sortir du tête-à- tête stérile avec un allié socialiste qui renie son propre projet de changement.

Des milliers d’initiatives locales se diffusent au sein de l’économie sociale et solidaire (ESS) : monnaies complémentaires, Amap, agroécologie, jardins partagés, habitat groupé, fablabs, éoliennes citoyennes… L’action politique des écologistes a besoin de se ressourcer dans un parti ouvert aux expérimentations. Nous refusons que notre mouvement se transforme en parti d’élu-es, coupé des initiatives locales. C’est le sens de l’autonomie électorale, sur des listes ouvertes à la société.

La poursuite de notre participation à la majorité doit dépendre de notre capacité à y peser et à mobiliser au-delà de nos rangs, partout les militants non-cartés, les écologistes du quotidien, les forces culturelles et les personnalités isolés. L’écologie n’est pas la propriété du parti politique qui la porte. Elle est notre bien commun. La recherche d’alliances avec ceux qui partagent nos objectifs de transformation écologique et sociale est une priorité.

Soyons exigeants et modestes. Si nos enfants nous pardonneront de ne pas avoir tout réussi, ils nous accuseront de n’avoir rien tenté.

La politique autrement : un état d’esprit

« Sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde », a dit un célèbre homme politique indien en slip. Nos appels à changer la société seront crédibles quand nous serons capables de changer nos comportements. Aujourd’hui, ce parti ne ressemble pas à celui dont nous rêvons. Notre faiblesse organisationnelle, l’écart entre nos ambitions politiques et le nombre de nos adhérents, le manque de transparence de certaines décisions, le nôtre manque d’ambition se traduisant par le suivisme paresseux d’un partenaire socialiste dépourvu d’idées, ne cessent de nous inquiéter. L’écologie politique s’adresse à tous, elle est populaire au bon sens du terme.

Nous pouvons retrouver l’élan de 2009-2010, quand l’importance du projet politique l’emportait sur les réflexes partidaires. Clarifions nos statuts ! Faisons du Conseil d’Orientation Politique un lieu d’articulation des commissions, à valoriser en supprimant les délégués thématiques. La consolidation de la proportionnelle et du non-cumul en externe et en interne assurera une autonomie du mouvement par rapport aux compromis externes. Notre exécutif n’a pas de muselière, il doit suivre la décision de ses militants. Evoluons vers un parti de mouvement, de liberté de parole, d’écologie plurielle au sein d’une coopérative militante ouverte, d’utopies concrètes, en phase avec son ancrage transnational européen. Pour sortir des logiques étroites du débat franco-centré, essayons un Erasmus des écolos, avec échanges multiples entre militants politiques écologistes des partis verts européens et mondiaux. Renforçons autonomie politique et financière des régions. Surtout, pour établir la parité, animer le parti en interne, porter la parole en externe et combattre la présidentialisation des pratiques internes, créons un co-secrétariat national.

Trois questions se posent à nous : la réponse du gouvernement aux crises, l’absence de d’incarnation crédible pour l’alternative à l’immobilisme et l’incapacité de notre parti à défendre les solutions de l’écologie politique. Pour y répondre, travaillons à construire des majorités parlementaires comme celle qui a combattu l’ANI, à définir des alliances originales, avec l’ensemble des anti-productivistes. L’avènement d’une société écologiste se construira par un autre système économique, social et culturel, un réinvestissement démocratique, des expériences alternatives et l’autonomie politique.

Sinon, loin d’un changement de cap, nous naviguerons à vue, totalement déboussolés, risquant d’échouer sur l’écueil d’un nouveau « 21 avril » en 2017.

Alors avec vous, mobilisons-nous,

Changeons-nous pour mieux changer le monde !

Premiers signataires : Karima Delli, Yves Cochet, Lucile Schmid, Alain Lipietz, Elise Lowy, Edouard Gaudot, Clarisse Heusquin, Jacques Boutault, Marie-Claude Fournier, Olwen Denes, Noelle Le Maulf, Benjamin Joyeux, Mélanie Vogel, Alain Coulombel, Françoise Alamartine, Jérome Gleizes, Agnès Sinaï, Jean-Jacob Bicep …

Signez sur => lmp-contact@awal.listes.vox.coop

(La dynamique d’ouverture et de rassemblement dans laquelle nous inscrivons notre motion d’orientation générale peut conduire à des évolutions du texte).

*LMP -Lehet más a politika- « une autre politique est possible » en hongrois, est le parti écologiste qui se bat contre Victor Orban et sa tentative de restaurer un état autoritaire et nationaliste en Hongrie.