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Des écologistes au gouvernement pourquoi faire ?

S’il est encore trop tôt pour tirer un bilan de la campagne présidentielle, on peut néanmoins faire quelques constats. Le premier est que notre résultat (attendu à quelques jours du vote) n’est pas à la hauteur de nos espérances. Nos scores aux européennes et aux régionales laissaient pourtant présager que l’écologie pouvait s’inscrire durablement comme la deuxième force politique de la gauche. Force est de constater qu’il n’en est rien. Nous n’avons pas été en capacité de nous maintenir et la place est désormais occupée par le Front de gauche.

Une incapacité collective à incarner la rupture

Pourquoi n’avons nous pas su convaincre que l’écologie était la solution, alors que les préoccupations environnementales sont de plus en plus présentes ? Ce n’est pas la candidate qui n’était pas adaptée. Mais la partition qu’on lui demandait de jouer. Comment incarner la radicalité du paradigme écologiste alors que notre mouvement était engagé, dès le mois de novembre, dans un accord en tête à tête avec le parti socialiste, nous inscrivant, aux yeux de l’opinion, dans un rapport de vassalisation ? Difficile dans ces conditions de convaincre de la spécificité de notre projet.

Ce n’est pas tant le vote utile qui a nuit à l’écologie que notre incapacité collective à apparaître comme porteurs d’un nouveau projet de société en rupture avec l’idéologie productiviste qu’elle soit libéral-capitaliste ou social-démocrate. A cela s’ajoute les postures défaitistes qui ont émaillé la campagne : absence d’engagement de Nicolas Hulot, appels de Daniel Cohn-Bendit à voter Hollande, ironies de José Bové, non participation d’Yves Cochet, jusqu’à Noël Mamère questionnant sur « l’intérêt d’avoir une candidate ».

 

Pour un groupe parlementaire critique et autonome

Le temps du bilan approfondi viendra. Dans l’immédiat, la question de notre participation à un gouvernement de gauche se pose. Mais participer pour quoi faire ? Pour assurer des débouchés de carrières à certains, ou pour changer la société ? Et sur quelles bases construire ce changement ? Pas sur celles (médiocres) de l’accord programmatique PS-EELV : François Hollande l’a jeté par dessus bord. Au moins, le leader socialiste ne nous prend pas au dépourvu : « Mon programme de gouvernement ce sont mes 60 engagements pour la France, pas l’accord PS-EELV ». Donc des ministres écologistes pour mettre en œuvre le programme socialiste ?

Reste l’accord parlementaire, celui qui « avec 3% nous assure une bonne vingtaine de députés, alors que le Front de gauche, malgré son bon score, n’en aura aucun », s’est félicité Jean-Vincent Placé (expliquant au passage pourquoi il n’était pas nécessaire de faire campagne pour Eva Joly). Certes. L’accord programmatique avec le PS, sans l’arrêt de NDDL et avec l’EPR, n’avait qu’un seul mérite : son volet législatif, assurant aux écologistes une représentation parlementaire. Mais ce groupe parlementaire devra-t-il soutenir un gouvernement qui inaugure l’EPR et pose la première pierre de NDDL au nom de la solidarité avec le ou les ministres écolos ?

 

Un contrat de gouvernement sinon rien

La participation de Dominique Voynet au gouvernement Jospin devrait pourtant nous éclairer. Un ou deux strapontins ministériels ne permettent pas de peser et il y a fort à parier une fois encore que nous ne serons pas en capacité d’obtenir les arbitrages favorables à l’écologie. Nous risquons d’être otages du gouvernement socialiste. Et comptables de son incapacité à entamer l’urgente transition écologiste dont notre société a besoin.

Préparer l’avenir, participer à la vie politique, tout en conservant notre autonomie de pensée et la force de nos analyses critiques, cela suppose que notre groupe parlementaire conserve son libre arbitre. En conséquence, à défaut d’obtenir des garanties programmatiques solides, notre participation est inopportune.

Dans ces conditions, la signature d’un contrat de gouvernement avec toute la gauche est une condition sine qua non de notre participation. Sans ce contrat – assorti d’un calendrier de réalisations – la participation des écologistes au gouvernement prend le risque d’amener durablement l’écologie à n’exister politiquement que dans la sphère social-démocrate, alors même que le Parti de gauche (sans le PC) incarnera l’autonomie et le changement écologique.

 

Incarner le vrai changement

« Tout changer parce que tout est déréglé », disions-nous à La Rochelle. Nous pourrons demain convaincre, à condition que nous ayons des parlementaires qui sachent traduire en propositions de lois les revendications issues des mouvements citoyens. Ceux qui expriment une demande de « vrai changement ».

 

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