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Cérémonie de dévoilement d’une stèle commémorative à la mémoire des tout-petits enfants juifs déportés du 2e arrondissement

Un moment émouvant et un indispensable travail de mémoire et de vérité. Voici le message que j’ai adressé, hier, aux Parisiens du 2e arrondissement.

Claude Diament, Suzanne Driay, Blanche Kestenberg, Jean Leawensztajn, Dolly Nadjari, Denis Repper, Boni Szajdenfisz, Jack Szajdenfisz, Rachel Szajdenfisz, Estelle Zaoui. Nous rendons hommage à ces dix très jeunes enfants du 2e, assassinés, car nés juifs. Trop jeunes pour être scolarisés, mais néanmoins envoyés à la mort par leur bureau nazi, avec la complicité des autorités collaborationnistes française du gouvernement de Vichy.

Après le travail d’hommage et de mémoire que nous avons effectué avec l’Amejd (Association pour la mémoire des enfants juifs déportés) en 2004 dans les écoles du 2e arrondissement, j’ai souhaité cette cérémonie pour les tout-petits, car ce travail de mémoire devait être poursuivi et approfondi. Un travail pour, à la fois, se souvenir et construire pour demain.

Notre arrondissement n’a pas été épargné par cette époque sombre de notre histoire : la deuxième guerre mondiale, la défaite, le gouvernement de Vichy et la déportation de millions de juifs. Sur ordre d’un gouvernement, des enfants, des bébés même, ont été conduits dans l’horreur des camps de concentration où ils ont été mis à mort. Cent cinquante de ces enfants vivaient dans notre arrondissement. Victimes de l’effroyable efficacité destructrice du système nazi. De sa barbarie industrialisée, de son inhumanité effroyable.

Dans les atrocités d’une guerre, le meurtre et la  déportation des civils est la pire des atrocités. Mais la déportation et l’assassinat de petits-enfants est non seulement une atrocité mais aussi la plus grande des lâchetés.

Oui, cela s’est passé, vraiment, ici même il n’y a pas si longtemps, il y a soixante six ans. Il faut nous souvenir et n’oublier jamais cette période sombre. Car un monde sans mémoire est appelé à recommencer les erreurs d’hier.

Je voudrais alerter ceux qui pensent que « ces affaires sont anciennes », que cela ne serait plus possible aujourd’hui. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme est un combat d’aujourd’hui un combat quotidien qui constamment doit être renouvelé. Toute complaisance à l’égard du nazisme doit être écrasée dans l’oeuf. Car il est encore fécond le ventre de bête.

C’est pour cela que je souhaite que la pose de cette stèle ne soit pas pensé comme un geste  uniquement tourné vers un passé qui serait révolu à jamais.

Si nous disons « plus jamais ça », c’est bien qu’aujourd’hui encore tout est possible. Le pire en encore possible.

Le travail de mémoire est utile s’il sert sert à dresser un bouclier contre l’infamie du racisme, de la haine et la négation de l’autre. Sans ce travail inlassable, nos pires cauchemars pourraient ressurgir.

Ne soyons jamais ni indifférent, ni complaisant à l’égard de toutes formes de racisme, d’exclusion, d’humiliation de l’autre.

Une stèle où sont gravés des noms, cela peut paraître dérisoire mais ces noms, pour la plupart, étaient jusque-là ignorés, inconnus.

Ces morts sans sépulture, maintenant, seront présents à notre regard. Ces enfants, à défaut d’avoir eu un destin, font partie désormais de notre histoire, donc de nous même.

Aujourd’hui, l’arrondissement tout entier se souvient de ces bambins de 1 à 6 ans. Et demain ce sont les flâneurs de ce jardin Louvois, les amoureux des bancs publics de ce square, les parents qui viennent chercher leurs enfants des écoles toutes proches, les passants… qui lisant ces noms pourront se souvenir. Et ne jamais oublier.

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