Cannabis, l’impossible débat

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Il est interdit d’en parler. Sauf pour en dire du mal. L’article L3421-4 du code de la Santé publique punissant la « présentation sous un jour favorable des stupéfiants », rend impossible, en France, tout débat rationnel sur le cannabis.

Un nœud démocratique

Issu de la loi de 1970, cet article n’est ni plus ni moins une atteinte au droit d’expression. Dans un débat contradictoire, une partie de débatteurs est passible des tribunaux.

Il faut dénouer ce nœud démocratique. Quarante six ans plus tard, la loi qui, en France, régit la consommation des drogues est un échec cuisant. En 1980 on comptait moins de 200 000 consommateurs. Aujourd’hui, ils sont quelque 2 millions. Plus d’un jeune sur deux en a déjà fait l’expérience.

Ne pas pouvoir débattre librement et démocratiquement de ce sujet présente plusieurs inconvénients. Le premier n’est pas des moindres : en assimilant tous les produits psychotropes, il nivelle le discours catastrophique par le haut. Or, toutes les drogues ne se valent pas.

Mettre sur le même plan la dangerosité du cannabis et certaines drogues de synthèse ou l’héroïne, conduit à décrédibiliser tout exposé sur le sujet, particulièrement en direction des jeunes. Le discours inadapté sur le cannabis rend inaudible la politique de réduction des risques.

Une nouvelle orientation à l’ONU

Le cannabis n’est pas un produit anodin. Mais s’il est dangereux c’est avant tout en raison de sa prohibition. Le taux de THC présent aujourd’hui dans certaines préparations à base de chanvre n’a rien à voir avec celui que l’on trouvait il y a quelques années. Les « bad trip » ou les accidents psychiques sur les personnes fragiles sont plus nombreux. Des produits de coupes du hasch peuvent être nocifs pour la santé.

Pour se procurer de quoi fumer, le consommateur de chanvre récréatif entre en relation avec l’économie maffieuse. Dont les bénéfices échappent à l’impôt. Une étude du think tank Terra Nova estime à 1,8 milliard d’euros les sommes qui pourraient être collectées par l’État – renflouant les caisses – si le consommateur pouvait acheter légalement. De plus il se procurerait un produit stable et raisonnablement dosé.

Tirant le constat de l’inefficacité de la guerre à la drogue menée depuis plus de 40 ans, l’Assemblée générale de l’ONU réunie en session extraordinaire vient de radicalement changer d’orientation. L’institution internationale préconise désormais une approche de santé publique – et non plus une approche exclusivement fondée sur la justice criminelle.

Certains États ont anticipé le mouvement. Le Chili, la Colombie ont légalisé le cannabis thérapeutique, à l’instar de 23 États américains. Le Mexique va modifier sa politique à l’égard de la marijuana. Tandis que quatre états des États-Unis, ainsi que l’Uruguay autorisent le cannabis à usage récréatif, comme prochainement le Canada. En Europe : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Italie, l’Espagne, la République tchèque, la Lettonie, le Luxembourg, Malte, et la Slovénie en ont dépénalisé la consommation.

Un nouvel appel du 18 juin

Et la France dans tout ça ? Premier consommateur d’Europe, notre pays reste à la traine. Le débat est noué par cette loi de 1970. Le gouvernement en est bien conscient. Il tente maladroitement d’ouvrir quelques brèches. La dernière tentative en date, celle du Dr Le Guen (venant après celles de Daniel Vaillant puis de Vincent Peillon) a vite été refermée par le Premier ministre. Personne n’est dupe de la mise en scène : on lance une idée, désavouée ensuite « officiellement », face aux cris d’orfraies de la droite bien pensante.

On voit bien que la question c’est : comment entrer dans le débat, rationnellement et sans tabou ?

Pour y répondre, avec quelques autres dont Jean-Luc Roméro, Yann Arthus-Bertrand, la docteure Emma Wieviorka ou le député Sergio Coronado, j’ai signé un nouvel appel du 18 joint exigeant l’abrogation de l’article L3421-4 et une révision de la loi de 1970.

Le débat doit avoir lieu. Le principe des conférences de citoyens – outil trop souvent oublié de la démocratie participative – est idéal pour y parvenir. Pourquoi ne pas l’utiliser ?

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Twitter

Facebook

Liens amis