Accueil / Démocratie / Madame la maire, délivrez-nous de la publicité !

Madame la maire, délivrez-nous de la publicité !

Depuis le 1er janvier 2018, à Paris, le mobilier urbain d’information (dit panneaux Decaux) est vierge de toute réclame. Cela fait suite à une décision du tribunal administratif. Une victoire pour les  écologistes, confirmée par le Conseil d’Etat ce lundi 5 février.

La première réunion publique en vue de réviser le règlement local de publicité (RLP) à Paris s’est tenue le 23 janvier au Pavillon de l’Arsenal.  Une salle pleine et manifestement hostile à la publicité. Objectif de cette révision initiée par l’Exécutif parisien : autoriser la publicité numérique vidéo sur l’espace publique, ce que le RLP actuel interdit.

L’Exécutif parisien qui vient être condamné, pour avoir voulu l’imposer souhaite donc changer la règle. En attendant, les dispositifs actuels (1630 panneaux à Paris) sont vierges de toute réclame et devront même être enlevés de la voie publique, puisque le Conseil d’Etat confirme la décision du tribunal administratif. Comment en est-on arrivé là ?

Première phase, l’adjoint aux finances de la maire de Paris fait adopter, en avril 2017, par le Conseil de Paris un contrat d’exploitation du mobilier urbain d’information, visant à en transformer plusieurs centaines en écrans numériques, diffusant de la publicité vidéo dite lumineuse. L’Exécutif a simplement oublié que cette forme de publicité est expressément interdite par son propre Règlement local de publicité. Les écologistes s’insurgent. Saisie, la justice leur donne raison.

Deuxième étape, estimant sans doute qu’il y avait urgence à ne pas sevrer les Parisiennes et Parisiens de publicité, l’Exécutif, dans un étonnant amateurisme, décide en septembre 2017 de prolonger le précédent contrat d’exploitation de Decaux – sans mise en concurrence ! Le tribunal administratif est saisi et condamne à nouveau. Le Conseil d’Etat a confirmé l’illégalité de cette procédure.

S’entêtant, l’Exécutif décide dans le même temps, d’entamer la modification de son RLP pour le rendre compatible avec la publicité vidéo sur voie publique. Seulement, on ne change pas un RLP en un tour de main. Depuis la loi Grenelle la procédure de modification s’apparente à celle d’un plan local d’urbanisme (PLU), avec réunions de concertation et études d’impact. Soit un an minimum.

Dans l’intervalle l’agression publicitaire quotidienne a baissé d’un cran. Nombreuses et nombreux à avoir participé à la réunion de révision du RLP, le 23 janvier au pavillon de l’Arsenal, les Parisiennes et Parisiens se félicitent du répit. Dans leur quasi-unanimité, ils et elles ont fait part de leur ras-le-bol de la pub et de leur incompréhension face à l’obstination de l’Exécutif à vouloir imposer la publicité vidéo dans l’espace public. Pour l’adjoint aux finances l’argument est simple : la publicité rapporte 30 à 38 millions d’euros par an. Mais cela ne représente que 0,3% du budget parisien. Il est donc tout à fait possible de s’en dispenser (par comparaison, le simple dossier de candidature de la ville de Paris aux JO 2024 a couté 60 millions d’euros). Quant à l’adjoint à l’urbanisme il en est persuadé : c’est le sens de l’histoire, on n’échappera pas à la publicité vidéo numérique. Ce qui revient à dire que ce qui est techniquement possible s’impose sans discussion. Étrange conception de l’action publique.

Pourtant, la publicité sur voie publique est moralement condamnable. Outre son aspect souvent sexiste, voire raciste (voir la récente publicité d’une marque de vêtements présentant un enfant noir avec un tee-shirt le gratifiant du titre de « petit singe le plus cool de la jungle »), l’immense majorité des publicités nous vendent du rêve carboné : des voitures, des produits fabriqués à l’autre bout de la terre et des voyages lointains. La pub, en outre, nous pousse à surconsommer et en cherchant à nous séduire. Le plus souvent, elle nous trompe et ment par omission. Or, si à la radio ou à la télévision on peut tourner le bouton, si l’on peut ne pas acheter un journal qui en regorge ou refuser de consulter un site internet qui en impose, dans l’espace public il est impossible d’y échapper. Elle s’impose à notre regard et s’imposera d’autant plus qu’elle se présente sur un écran vidéo animé, attirant le regard. Le passant est d’abord un citoyen. Ensuite, seulement, un consommateur éventuel. Le droit de ne pas recevoir de la publicité doit donc être respecté.

Certes, le RLP actuel adopté en 2011 (et mis en application depuis juillet 2015) est loin d’être parfait. Les nombreuses fraudes dont il est objet pourraient être mieux réprimées, si la ville s’en donnait suffisamment les moyens. Mais malgré ses imperfections, il est relativement protecteur des Parisiennes et Parisiens. Pourquoi le modifier ?

Une opportunité pour Paris : donner l’exemple

La décision du Conseil d’Etat offre une opportunité unique pour la Ville de Paris de donner l’exemple. Son RLP actuel proscrit la publicité numérique vidéo et, de plus, il contraint tout exploitant dont le contrat a pris fin de démonter, dans les 15 jours, son mobilier sur voie publique (article P1.6).

Dans la foulée de la COP21, la maire de Paris, présidente du C40, a pris le leadership mondial des villes engagées pour le climat. Or les écrans numériques consomment 7 fois plus d’énergie que les panneaux de publicité avec des affiches défilantes, c’est-à-dire, autant qu’une famille de quatre personnes pour l’ensemble de ses besoins domestiques.

Renoncer définitivement à ce mobilier urbain qui de toute façon doit être démonté et ne pas le réinstaller à terme (avec ou sans vidéo) serait un beau message adressé au monde. Celui de la politique qui reprend ses droits. Celui de la primauté de la lutte pour le climat. Ce que Grenoble a fait, à n’en pas douter, Paris peut le faire.

Je sais la maire de Paris, Anne Hidalgo, engagée et prête à poser un acte symbolique fort. Madame la Maire, délivrez-nous de la publicité, vous en avez les moyens. Pour Paris et la planète !

 

 

 

 

A voir

130626-Hôtel-de-ville-Paris

Une ville sobre, vivable, avec une alimentation durable !

Au conseil de Paris des 2, 3 et 4 mai 2018, j’appelle à une ville vivable ...