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Discours de commémoration de la capitulation nazie et de la paix retrouvée

En ce 68e anniversaire du 8 mai 1945, nous sommes ici, rassemblés, pour commémorer la paix entre les peuples d’Europe. Peuples qui se déchirèrent et dont le conflit s’étendit et ensanglanta le reste du monde.

Nous sommes ensemble pour commémorer un jour de victoire sur les nazis, c’est-à-dire sur la dictature, l’intolérance et le racisme sous toutes ses formes.

Mais nous sommes réunis, aussi, pour nous souvenir de toutes celles et ceux qui disparurent : civils et militaires qui furent tués au combat, fusillés, torturés, martyrisés, assassinés sur les champs de batailles, dans les lieux de résistance et dans des camps, et cela quotidiennement durant cinq longues années.

Les forces de la liberté, de l’humanité et l’intelligence triomphèrent en mai 1945 de la terreur et contraignirent les nazis à capituler. Une capitulation nazie chèrement gagnée, chèrement conquise.

La victoire se paya au prix du sang des Résistants gaullistes, communistes ou simplement humanistes et des soldats des troupes Alliées, qui menèrent le combat sur notre sol et ailleurs dans le monde.

La paix fut chèrement acquise.

Des millions de vies sur plusieurs continents, des vies de soldats et de Résistants bien sûr et des morts civils, disparus dans les bombardements, des familles entières gazées et brûlées dans les camps d’extermination, des milliers de travailleurs involontaires soumis à l’esclavage, fabriquant malgré eux – et les sabotant parfois – des V2, ces engins de guerre et de mort qui tombaient parfois sur leur propre ville ou village d’où, eux qui les fabriquaient, avaient été arrachés…

Des millions de morts et pour la plupart sans sépulture.

Au-delà du travail de deuil perpétuel que nous devons mener, nous ne devons pas non plus cesser, de nous interroger, d’analyser, de chercher à saisir ce conflit qui ensanglanta l’Europe et se propagea au monde entier.

Nous n’avons pas fini de travailler l’Histoire, d’en comprendre les origines, les enjeux, les causes et les conséquences.

Comment en est-on arrivé là ? Telle est la question que l’on continue aujourd’hui de se poser.

Des centaines de livres, de films, de pièces de théâtre, de tableaux, de musiques, de chorégraphies mêmes, évoquent ce moment terrible de notre histoire.

Ces œuvres nous parlent encore aujourd’hui. Et si elles nous parlent et font sens c’est, sans doute, parce que cette guerre atroce, sanglante, injuste n’en fini pas de hanter nos consciences.

La recrudescence de la haine de l’autre, du  racisme, prend souvent racine dans un contexte économique de crise qui crée un terreau propice pour que s’installe la théorie du bouc-émissaire.

Les Juifs furent pris pour cibles dès les années 30, accusés de tous les maux, ils furent désignés indignes, infréquentables, coupables. Cette logique mena peu à peu, le pouvoir nazi à créer la solution finale, concevant froidement l’idée d’exterminer entièrement toute une population avec un plan organisé, planifié, programmé selon un processus industriel, à l’aide d’une administration, d’une logistique et d’un processus technique destinés à la mise à mort en masse d’êtres humains !

La Shoah vit plus de 6 millions de personnes, femmes et enfants compris, être assassinés par un pouvoir d’Etat dans des conditions abominables, coupables du seul fait d’être nés juifs.

Cet aboutissement ultime est le fruit d’un engrenage qui ne trouve son moteur que lorsque le vide intellectuel des esprits lui ouvre un chemin. Juifs, hier, qui demain ? Les musulmans ? Les homosexuels ? Les Roms ? Les Juifs encore ?

Il nous faut toujours résister et combattre la bête immonde qui rode, rampante et guette un relâchement de la vigilance intellectuelle, une faille du corps social pour s’immiscer et contaminer les esprits. Ne laissons pas la place à ce poison, pas un seul millimètre, pas la moindre faille. Comme le disait Berthold Brecht : notre devoir est « d’écraser le serpent dans l’œuf ».

Dans les années trente, en effet, la propagande de l’extrême droite s’est frayée une route sur fond de chômage, de crise économique et de désespérance sociale. Une route balisée par l’antisémitisme et la théorie de l’espace vital allemand. Autant de théories fausses et absurdes s’appuyant sur le désespoir et le mal de vivre d’une classe populaire manipulée, à qui un pouvoir politique, allié au grand capital industriel et à ses moyens de propagande colossaux, faisait croire aux solutions faciles, égoïstes, simplistes.

Le renouveau nationaliste, prospérant sur la crise économique, trouvait là un terreau fertile et des bras armés dans la jeunesse allemande désœuvrée.

Pourtant je ne voudrais pas que l’on oublie ceux qui, en Allemagne même, tentèrent de faire barrage à ce cheminement de la pensée barbare : des communistes et anarchistes qui résistèrent et furent les premiers déportés et assassinés. Mais aussi, des humanistes et des catholiques comme ces jeunes gens de la Rose Blanche dont le courage et le sacrifice honorent encore la ville de Munich et l’esprit d’une Allemagne progressiste et résistante.

N’oublions pas non plus ceux qui, en France, en Grande-Bretagne, en Afrique du Nord ou ailleurs, ont résisté au péril de leur vie – ces Justes des nations qui aidèrent les Juifs à fuir les persécutions.

Et enfin et peut-être surtout n’oublions pas la grandeur d’âme de tous ceux qui gaullistes, communistes ou humanistes après avoir perdu des frères au combat, ont ensuite travaillé d’arrache-pied à construire la paix, cherchant à bâtir un autre monde possible et ont eu le courage et l’intelligence de penser l’Europe avec leur ennemi d’hier. C’est l’honneur du Conseil national de la Résistance et ces précurseurs de l’union européenne.

Cela n’allait pas de soit, tant il y eut de douleurs, d’injustice et de haine durant ces années de guerre : car aux cotés des persécutions qui s’abattirent sur les Juifs, il y eut celles que subirent les Tsiganes, les personnes handicapées, les homosexuels et les militants politiques, de façons intenses, répétées, cachées et tout aussi atroces.

Nous devons ce 8 mai 1945, ce retour à la paix, à tous ceux qui tentaient de redonner de la force et du sens à la résistance, à ce qu’Hannah Arendt finit par nommer « la banalité du mal » au sujet du nazi Eichmann dont elle suivait le procès en 1961, ce qu’un film sur elle vient, à bon escient, nous rappeler.

Non pas, bien sûr, que le mal soit banal mais n’oublions pas qu’il peut être commis par n’importe quel médiocre bureaucrate « comme une chose ordinaire », comme un acte non pensé dans l’ordre de la morale et qui, de fait, le rend proprement « inhumain ».

N’oublions pas. Nous devons ce 8 mai 1945 aux disparus et aux survivants de ce conflit, à ceux qui ont rendu cette victoire sur la barbarie possible, au péril de leur vie, à ceux qui portaient et portent toujours le message de la paix, de la liberté et de la fraternité.

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