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L’affaire Cahuzac n’est pas une simple affaire de morale

C’est notre modèle de gouvernance et les choix politiques au service des puissances économiques et financières qui sont en cause.

Il a nié pendant des mois. Puis il a craqué. D’autres tiennent bon, qu’ils soient anciens ministres, mis en examen dans l’affaire de la vente de l’hippodrome de Compiègne ou qu’ils soient ex-président de la République, mis en examen pour avoir bénéficié de fonds, obtenus auprès d’une vieille dame sénile. Cela n’excuse rien, bien entendu. Mais s’en tenir à l’idée que « décidément les politiques sont tous pourris », comme je l’ai encore entendu cet après midi, est un peu court. Il y a tout autant de corrompus en politique que de malhonnêtes dans la sphère économique (et de gens honnêtes aussi). Le montant de la fraude et de l’évasion fiscale dans notre République n’atteint-il pas 70 milliards d’euros chaque année ?

L’affaire Cahuzac n’est pas une simple affaire de morale. Elle met en lumière les liens étroits qui unissent la haute finance, l’industrie et certains responsables politiques, autours des enjeux de pouvoir et d’argent.

Depuis les années 80 les gouvernements au pouvoir, au nom de la libéralisation de l’économie – qui implique une baisse de l’emploi public – ont enlevé à l’administration des finances publiques les moyens de mener correctement ses missions. Corrupteurs et corrompus peuvent agir dans une plus grande invisibilité. Ce n’est ni la justice ni l’administration fiscale sensée enquêter sur les détournements de fonds qui ont révélé l’affaire mais un média indépendant. Décideurs politiques comme dirigeants économique sont complices.

L’action des lobbies de l’industrie et de la finance sur la décision politique est connue. L’industrie pharmaceutique est probablement à l’origine des fonds sur le compte bancaire de l’ancien ministre du budget.  » Les coïncidences sont troublantes, relève Michèle Rivasi eurodéputée EELV, Jérôme Cahuzac aurait ouvert son compte en Suisse alors qu’il travaillait comme conseiller technique pour le médicament auprès du Ministre de la Santé, Claude Evin ».

La justice devra dire où est la vérité. Mais au-delà du responsable politique, ce qui est pourri c’est la nature même de notre modèle tout entier au service des puissances économiques et financières. Ce n’est pas une simple histoire de morale mais bien la nature même de notre modèle économique qui est en cause.

En nous focalisant sur le mensonge d’un homme, nous ne faisons que protéger l’immoralité du système lui-même. Car ce mensonge en cache un bien pire, celui du mensonge qui depuis Mitterrand se perpétue : laisser croire qu’une politique social-libérale, telle qu’elle est menée encore aujourd’hui, peut s’extraire de la gangue économique dans laquelle elle est insérée.

« Notre ennemi c’est la finance » disait il y a quelque mois celui qui aujourd’hui préside au destin de la France. Que cette affaire lui rappelle que ses renoncements à briser le mur de l’argent peuvent se payer très chers.

 

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