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Chauffer dehors est une aberration

Rue89 a publié dimanche une tribune de Xavier Denamur, restaurateur et actionnaire minoritaire de Rue89, intitulée « Restauration : mairie de Paris, les chauffe-terrasses sont nos amis ». Notre riverain Jacques Boutault, maire Europe Ecologie – Les Verts du IIe arrondissement de Paris, lui répond.

Alors que l’actualité au Japon nous prouve durement que le nucléaire est une énergie dangereuse et non maîtrisée, la ville de Paris s’apprête à autoriser le chauffage électrique et interdire le chauffage au gaz en terrasse des cafés et restaurants.

Dans sa tribune, Xavier Denamur qualifie cette interdiction du chauffage au gaz de « vision idéologique de l’écologie déconnectée de toute réalité financière, économique et sociale. » Il n’a pas complètement tort. Une vision pragmatique de l’écologie devrait conduire à interdire toute forme de chauffage, au gaz comme électrique.

Sa démonstration peut paraître logique. C’est vrai, le chauffage électrique émet plus de CO2 que le chauffage au gaz en période de pointe de consommation énergétique. Cet argument est d’ailleurs mentionné dans le vœu que j’ai déposé au conseil de Paris au nom des éluEs Europe Ecologie – Les Verts et apparentéEs.

Une aberration énergétique

Mais plus 80% de l’électricité est d’origine nucléaire en France et je vois mal comment dans le contexte actuel – alors que la centrale de Fukushima, hors de contrôle depuis quinze jours, projette des particules radioactives en continu dans l’atmosphère –, nous pourrions justifier cette aberration énergétique qui consiste à chauffer les rues alors que tous les scénarios de sortie du nucléaire supposent la sobriété énergétique.

De plus, on sait que les prix fixés artificiellement par l’Etat font oublier le coût réel de la surconsommation d’énergie. Ce coût est financier d’abord, car le prix de l’énergie nucléaire ne comprend pas un grand nombre de dépenses annexes comme le démantèlement des centrales – sans parler de ses conséquences sur l’environnement en cas d’incident.

Le coût est donc aussi environnemental car il faut lui ajouter l’extraction et le transport de l’uranium, la construction, le fonctionnement, le transport et la gestion des déchets radioactifs qui apportent des pollutions de différentes sortes, dont notamment des émissions de gaz à effet de serre.

Un « permis de polluer » de 500 euros par an

Autoriser mais taxer revient à accorder aux restaurateurs un « permis de polluer » de 500 euros par an. Ils pourraient ainsi chauffer l’extérieur en toute légalité, pour une somme annuelle bien inférieure au chiffre d’affaires engrangé par une terrasse en une journée.

Il serait en effet pratique de pouvoir, pour une somme modique, s’acheter une bonne conscience et avoir l’illusion de participer au défi de la sobriété énergétique. Mais ce ne serait qu’une illusion, et ne règlerait en rien le problème. Il est donc nécessaire d’amender le nouveau règlement des terrasses pour interdire toute forme de chauffage des terrasses ouvertes et semi-ouvertes (c’est l’objet du vœu cité plus haut).

Face à ces réalités, l’argument des syndicats de la restauration est souvent le même. Les représentants du patronat du secteur nous accusent de vouloir causer la perte de « milliers d’emplois » et la chute de leur chiffre d’affaires. A les écouter, la moindre attente des pouvoirs publics envers leur secteur d’activité serait un véritable coup de dague porté à une profession mourante.

Paris a déjà beaucoup cédé aux restaurateurs

Souvenez-vous, la dernière fois c’était au sujet de la baisse de la TVA. En contrepartie de cette aide, le secteur s’engageait à baisser les prix, créer des emplois, améliorer la situation des salariés et moderniser le secteur. Où en est-on des ces engagements ? Nulle part !

Taxer n’est donc pas suffisant. La ville de Paris a déjà beaucoup cédé aux restaurateurs, sur la taille des terrasses notamment, et je vois trop souvent, dans mon arrondissement, dans Paris et ailleurs, des commerçants préférant être en infraction et payer des amendes plutôt que de respecter le règlement. Une attitude qui ne fait pas preuve d’un grand civisme.

Or, quant on prétend vouloir parler d’écologie, il faut d’abord respecter les gens et les règles de vie collective.

Lien vers la tribune sur le site de Rue89 : http://www.rue89.com/node/197550

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