Une réalité qui dérange

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Je n’imaginais pas, avant de l’avoir personnellement éprouvé, à quel point le film d’Albert Gore, Une vérité qui dérange, portait bien son nom. Evoquer les conséquences de la perturbation du climat sur les populations les plus pauvres, notamment en Afrique, revient, pour des représentants d’associations de défense des droits de l’Homme, à « agiter le chiffon rouge de l’immigration ». Pourtant, le lien entre Sans-papiers et écologie est chaque jour plus évident.

Certes, le documentaire d’Al Gore, An inconvenient truth (en anglais) présente de nombreux défauts. Notamment celui de ne proposer que des solutions gadgets aux problèmes, fondamentaux pour notre avenir, posés par le réchauffement climatique. Mais le film a le mérite de dresser un constat sans complaisance des conséquences de notre mode de développement, basé sur la croissance perpétuelle et la nécessité de consommer toujours plus (pour permettre l’accumulation monétaire).
Dérangeante, la vérité énoncée dans ce documentaire l’est pour beaucoup de monde. Elle gêne d’abord les tenants de la croissance économique perpétuelle ; en particulier ceux pour qui le profit à court terme est nécessaire (industriels, financiers, grande distribution, etc.). Mais elle perturbe également les défenseurs des droits de l’Homme, tant la réalité à venir bouleverse leurs certitudes.
La production de biens manufacturés, les transports routiers et l’agriculture intensive, c’est désormais une certitude, sont responsables du CO2 émis dans l’atmosphère. Celui-ci va contribuer à augmenter la température du globe de 2 à 6 degrés d’ici trente ans.
Réunie à Nairobi, au Kenya, (le 17 novembre 2006), la conférence de l’ONU sur le climat vient de rendre un rapport sur les conséquences concrètes, dès 2015, de ce réchauffement. Résultat ? Les régions et les périodes de sécheresse vont s’accroître considérablement. Ce sont 480 millions de personnes (soit la population de l’Europe !), qui en Afrique, vont être en situation de ne plus accéder à l’eau potable. Pas moins de 70 millions d’habitants de zones côtières en Afrique vont devoir se déplacer en raison de la montée des eaux, toujours à cause de l’effet de serre.
Nous, occidentaux, avec notre mode de production, notre niveau de vie, notre consommation, par la façon dont nous nous déplaçons, etc. nous sommes responsables de cette situation. Alors que l’Europe, les Etats-Unis et le Japon émettent 80% des gaz à effet de serre, ce sont les plus pauvres, en Afrique qui vont, les premiers et le plus durement, payer le prix de notre irresponsabilité. Quelle iniquité !
Nous avons plus qu’un impérieux devoir de solidarité vis à vis de ces gens. Nous avons à agir dès maintenant. C’est en tant que militant écologiste et des droits de l’Homme, d’abord investi politiquement dans la lutte contre le pillage du tiers monde –suite à la lecture des ouvrages de Samir Amin et René Dumont- que je suis entré en politique, à l’âge de 17 ans.
Je rêve (toujours) d’un monde sans frontière ou chacun peut aller et venir à sa guise, sans entrave. Je milite (encore) pour l’égalité nord-sud, le respect des développements endogènes, la souveraineté alimentaire et la fraternité entre les peuples.
Mais pour le représentant de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) – présent, samedi 18 novembre en Mairie du 3e arrondissement, avec le Réseau éducation sans frontière (RESF), le Troisième collectif de sans-papiers et le Collectif Paris Centre pour une alternative au libéralisme (que j’ai contribué à créer au lendemain de la victoire du 29 mai) -, affirmer cette vérité revient à « agiter le chiffon rouge de l’immigration massive. D’ailleurs, conclut-il, le dérèglement climatique n’est pas du tout une certitude »…
Bien sûr, il faut lutter contre le phantasme de l’invasion des pauvres. Cela n’est jamais avéré. Mais il faut aussi sérieusement se questionner sur cette nouvelle donne environnementale et ses conséquences en matière de défense des droits de l’Homme.
C’est une certitude, on ne peut plus, aujourd’hui, défendre les droits des plus pauvres dans le monde, sans lutter contre le dérèglement climatique.
Pas de doute, la révolution culturelle de l’écologie politique est à faire au sein des organisations issues de la vieille gauche. Il est temps de changer de logiciel politique avant d’être rattrapé par… une réalité qui dérange.

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