Rentrée scolaire sur fond d’inquiétude : les enseignant-e-s sont dans la rue

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Trois semaines après la rentrée scolaire, associations, syndicats et parents redoutent que le pire soit encore à venir. La logique comptable du gouvernement ne peut qu’à la longue aboutir à la casse de l’Education nationale, en mettant au premier plan la compétitivité et la productivité, là où la transmission du savoir et la formation des citoyens en devenir devraient être la priorité.

Pour la rentrée 2011, Luc Chatel le ministre de l’Education nationale, a enfin livré sa vision de l’école : affaiblir le service public de l’éduction.  Le nombre d’enseignants est réduit de 16 000 postes. Mais le ministre ne compte pas arrêter en si bonne voie : son projet de budget 2012 prévoit encore 14 000 suppressions de postes, qui s’ajouteront à celles des années précédentes. Au total, ce sont donc quelque 80 000 postes qui auront disparu dans l’Education nationale, au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Avec toutes les conséquences néfastes que l’on connaît sur la qualité de l’apprentissage des élèves, mais aussi sur l’exercice professionnel et la qualité de vie des enseignants.

Pourtant les économies réalisées ne représentent, que 0,4% du budget de l’Education nationale, soit environ 250 millions d’euros. A comparer aux montants récupérables sur les niches fiscales, les exonérations de taxes (pour l’aviation par exemple) ou la baisse de la TVA dans les cafés et restaurants qui se chiffrent en milliards d’€…

A Paris, ce sont 77 postes d’enseignants du premier degré qui sont supprimés à la rentrée 2011, alors que les effectifs, rapport à 2010 s’élèvent à 500 élèves supplémentaires. Pour le second degré, la situation est pire encore puisque, pour 1 948 élèves supplémentaires, la suppression de 27 enseignants est annoncée.

Les conséquences sont prévisibles dont la plus visible est l’augmentation du nombre d’élèves par classe (il n’est pas rare de voir plus de trente élèves dans certaines classes de 6ème) y compris dans les cours de langues.  Une augmentation des effectifs qui, on le sait, ne favorise pas les capacités d’apprentissage et les chances de réussite.

Point particulièrement inquiétant de cette politique purement comptable : l’affectation de professeurs remplaçants à des postes fixes. La conséquence est là encore prévisible : dès les premières grippes, le nombre de remplaçants ne sera pas suffisant pour assurer les cours et de nombreux élèves accumuleront du retard sur les programmes.

Plus scandaleux encore : après l’assouplissement de la carte scolaire, dont on ne cesse de dénoncer les conséquences désastreuses pour les établissements les moins réputés, la rentrée 2011 creuse encore les inégalités. En effet, les établissements qui comptent le moins d’élèves, perçoivent le moins de dotation. Ce sont aussi les plus susceptibles de devoir faire face à l’absentéisme.

Face à cette situation, le Département de Paris agit en allouant une dotation supplémentaire d’1 million d’euros aux collèges les plus fragilisés ce dont nous nous félicitons.

Concernant les enfants en situation de handicap, même si quantitativement, les situations problématiques semblent moins nombreuses à ce jour que lors des années précédentes, il n’en demeure pas moins que des difficultés persistent qui empêchent une rentrée scolaire sereine pour ces enfants et leurs familles.

Malgré les annonces du président de la République lors de la Conférence  nationale du handicap, certains enfants n’ont pas les assistants de vie scolaire qui leur ont pourtant été notifiés par la MDPH, par manque d’anticipation et en raison du statut encore largement précaire de ces professionnels.

Par ailleurs, malgré deux ouvertures, le nombre de classes d’inclusion scolaire (CLIS) pour les enfants en situation de handicap mental demeure insuffisant et certains enfants se retrouvent scolarisés dans une classe ordinaire qui ne répond pas toujours à leurs besoins. La situation est identique pour les élèves du second degré, accueillis au sein des unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS).

Pour ne pas trop noircir le tableau, je souhaite citer deux exemples de bonnes nouvelles :

– Les professeurs de la Ville de Paris qui avaient alerté dès la fin de l’année scolaire sur leur situation et notamment sur le gel des concours de recrutement qui promettait de graves problèmes d’attribution de postes dès 2013 et une altération notable de leurs conditions de travail. Ces mêmes PVP, après avoir menacé de faire grève ont obtenu des engagements satisfaisants de la part de Colombe Brossel. Nous l’en remercions.

– Autre bonne nouvelle : depuis la rentrée scolaire 2011, les internats des cours préparatoires aux grandes écoles sont enfin accessibles aux jeunes filles. Pour rappel : le collectif « Ouvrons les portes » avaient alerté, il y a 2 ans, sur le fait que les lycées ne disposaient pas d’internat mixtes et étaient donc réservés aux garçons, ce qui était une situation inacceptable en terme d’égalité des chances entre les sexes.

Mais globalement le paysage scolaire parisien est sinistré. Tout se passe comme si la politique gouvernementale en terme d’éducation avait pour objectif d’affaiblir le service public de l’éducation au profit de l’enseignement privé. Une politique qui exacerbe la compétition et la libre concurrence entre établissements, en exerçant une pression forte sur les enseignants et les élèves.

L’élève devient une machine à apprendre. On ne recherche plus la réussite de tous mais simplement à mettre à l’abri « les meilleurs des plus pauvres ». La preuve : on continue à supprimer les Réseaux d’aide aux élèves en difficulté (RASED) qui vont « perdre », à la  rentrée 2011, plus de 30 000 élèves. L’obsession des compétences nous fait faire fausse route. Elle relève du « productivisme scolaire », réduit la transmission à une transaction et oublie que tout apprentissage est une histoire… »

Comme le souligne  Philippe Meirieu : « Le clivage politique se situe entre ceux qui chargent l’école de transmettre une somme de savoirs techniques garantissant à terme l’employabilité, et ceux pour qui l’école a une vocation culturelle qui dépasse la somme des compétences techniques qu’elle permet d’acquérir. »

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