Quel avenir pour les jeunes à Paris ?

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Débat sur la jeunesse au Conseil de Paris. Mon intervention au nom du groupe Les Verts.

Mis à part les actionnaires des entreprises du CAC 40, les hauts salaires et les bénéficiaires du bouclier fiscal, la crise touche toutes les catégories de citoyens. Et parmi eux, il en est une particulièrement vulnérable : ce sont les moins de 25 ans.

Si au défaut d’être jeune s’ajoute un handicap physique, une ascendance immigrée, un domicile dans un quartier dit sensible ou le simple fait d’être de sexe féminin, les difficultés s’accumulent et deviennent parfois insurmontables. Elles peuvent conduire à la déprime, à la violence, à la marginalité, voire au suicide, deuxième cause de mortalité parmi les 15-20 ans (après les accidents de la route).

Poursuivre des études dans de bonnes conditions, trouver un logement décent, décrocher un emploi stable, accéder au crédit, devraient pourtant constituer un socle offert aux jeunes, leur permettant de construire leur vie. Or, cette jeunesse que notre société devrait aider à réussir son entrée dans la société, subit au contraire, un véritable bizutage social généralisé de la part des adultes.

Il faut être le plus compétitif pour accéder aux études de son choix. Présenter les meilleures garanties pour espérer trouver un logement. Quant à postuler à un emploi dans une entreprise, sans y avoir effectué au préalable un stage long et non rémunéré, plus personne n’y songe.

Nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre ce sacrifice d’une génération. Les jeunes, d’aujourd’hui se retrouvent contraints de mendier ce qui devrait pourtant leur revenir de droit: une formation, un emploi, un logement.

Du coup, pour cette génération, l’accès aux soins et à la culture devient un luxe. Certes de nombreuses études montrent que les jeunes sont en relative bonne santé. Cependant on voit s’accroître des pratiques et des consommations à risque, conséquences de situations de mal-être ou de souffrance psychique et qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé. De même, une alimentation souvent exempte, pour des raisons financières, de fruits et légumes risque d’entraîner à terme des incidences néfastes sur la santé.

Quant à l’accès à l’offre culturelle ou à sa pratique, de nombreux jeunes y renoncent. La pratique d’un loisir reste chère et le coût d’entrée de certains lieux de culture prohibitif.

Notre collectivité pourtant ne ménage pas ses efforts que ce soit dans le cadre de ses conservatoires, de sa maison des pratiques amateurs, ou de ses centres d’animation et de loisirs, auxquels s’ajoute sa politique de tarification préférentielle dans les théâtres et musées municipaux.

Reste que d’une façon générale, trouver sa place dans la société est devenue une tâche ardue. Et c’est incontestablement l’entrée dans la vie active qui est le plus problématique. Selon l’OCDE, les jeunes connaissent une période de précarité de presque 10 ans entre le moment de leur entrée dans la vie active et leur premier emploi stable. Ils commencent à travailler tard, connaissent des périodes de chômage ou de travail temporaire, leurs salaires sont bas et ils cotisent moins. Cette période de précarité aura un impact sur la suite de leur vie professionnelle, et même jusqu’à leur retraite.

Les jeunes ne devraient pas avoir à se battre pour se faire une place dans la société. Rappelons-nous que la « loi du plus fort » est une invention du XIXe siècle, indûment inspirée de la théorie de la sélection naturelle de Darwin. Rappelons-nous également qu’à l’époque du fameux darwinisme social, sur lequel repose toujours notre société capitaliste, une autre théorie de l’évolution a été développée par Pierre Kropotkine : elle défendait l’altruisme et l’entraide comme facteurs de l’évolution.

Mais face aux carences de l’Etat, qui met en œuvre la politique néo-libérale du gouvernement inspirée de cette « loi du plus fort » du XIX siècle qui reste sa doctrine, nous devons, nous élus de gauche, opposer une éthique d’entraide et de responsabilité.

Faire sienne cette « éthique de responsabilité » pour reprendre le terme de Hans Jonas, implique de se sentir concerné par les actes que l’on pose et leurs conséquences pour les générations futures. C’est être responsable des autres, de notre environnement et de l’avenir de chacun. L’entraide, c’est ne laisser personne en chemin et agir contre la pauvreté, les inégalités et les discriminations.

Pour agir de manière responsable à l’égard de la jeunesse parisienne , la ville met en place une politique destinée à favoriser l’autonomie en assurant aux jeunes de meilleures conditions d’accès à la formation, au logement et à l’emploi.

En matière de logement, un constat tout d’abord. Les jeunes sont les premiers à subir les effets de la pénurie que nous connaissons à Paris et à être pénalisés par les tarifs exorbitants pratiqués par les propriétaires privés. 42 % des moins de 30 ans consacrent plus du tiers de leur revenu au paiement de leur loyer. Ce taux d’effort peut même atteindre plus de 65% du revenu pour une part non négligeable des moins de 30 ans.

Le sort des jeunes étudiants n’est pas beaucoup plus enviable. Seuls 10 000 logements sont proposés par le CROUS (4 000 logements) et la Cité Universitaire Internationale (6 000 logements) aux plus de 300 000 étudiants parisiens. Les nombreux étudiants qui n’obtiennent pas de logement étudiant sont laissés en pâture au marché de l’immobilier privé et sont souvent contraints de trouver un job alimentaire pendant leurs études, ce qui altère leurs chances de réussite.

Les aides accordées par la Ville pour le logement des jeunes et son engagement dans la construction de 4 000 nouveaux logements étudiants constituent un apport précieux et affiche clairement sa volonté de remédier à cette situation. Cet effort qui face à l’urgence, pallie aux carences et au désengagement de l’Etat est malheureusement encore insuffisant.

Pourtant des pistes existent. Il ne manque au niveau national que la volonté politique, qui je l’espère ne fera pas défaut après mai 2012 : plafonnement des loyers, limitation de la hausse à la relocation, application des préconisations du plan Anciaux…

En attendant des engagements du gouvernement sur ces points, je veux rappeler que notre municipalité a voté un vœu, en mai 2009, suite au vote de la loi de Mobilisation pour le Logement, permettant de recenser et de mettre à disposition des locaux temporairement vacants appartenant à la ville de Paris. Ce dispositif trop peu utilisé pourrait pourtant tout à fait s’adapter au logement d’étudiants.

On comprend donc pourquoi, aujourd’hui, jeunesse rime avec détresse. Selon le baromètre annuel Ipsos pour le Secours populaire, présenté le 20 septembre dernier, 1 jeune sur 2 se dit « angoissé » et plus d’1 sur 3 « en colère » quand il pense à son avenir. Le contexte actuel et le manque chronique de considération pour ce que vivent les jeunes rendent aisément compréhensible le malaise qu’ils expriment.

A Paris, où les moins de 30 ans représentent un quart de la population, le taux de chômage des jeunes est de plus de 20%. Il a augmenté de plus de 30% entre 2008 et 2010. Mais plus que du chômage, c’est la précarité qui inquiète : près de 20% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté et les jobs décrochés par les moins de 30 ans sont pour 80% des contrats atypiques (CDD, intérims, etc.) précaires. Difficile dans ces conditions d’envisager sereinement l’avenir.

La politique municipale pour l’accès à l’emploi, qui inclut certaines préconisations de la mission d’information et d’évaluation sur l’accès des jeunes à un emploi pérenne, est volontariste à bien des égards mais ne peut en permanence pallier le désengagement de l’Etat. La France est l’un des très rares pays de l’OCDE à ne permettre un accès à l’aide sociale que tardivement (25 ans) alors qu’ailleurs le versement d’allocations, même de chômage, est possible dès la majorité (et même si le jeune demandeur d’emploi n’a jamais travaillé auparavant).

Le RSA jeunes aurait pu être une réponse pour aider les 6 millions de 18-25 ans à acquérir davantage d’autonomie. Mais en raison des restrictions imposées, le RSA jeunes ne concernera au maximum que 15 000 personnes en France et sans doute pas plus de quelques centaines à Paris. Le soutien aux jeunes repose donc toujours prioritairement sur la solidarité familiale et sur les mesures en faveur de l’insertion, mais pas sur l’accès à l’autonomie.

A cet égard, expérimenter un revenu parisien universel, comme le préconise les Verts, semble une bonne piste pour articuler sans heurts le passage de l’éducation à l’emploi.

La jeunesse est le temps privilégié pour acquérir une éducation et pour se former à son activité future. Mais se former à quoi ? A devenir des agents, au sens économique du terme, aptes à consommer des biens et à produire du PIB ? Ou des individus responsables, des citoyens prêts à prendre en charge la vie de la cité ?

Force est de constater que le système éducatif français n’est ni émancipateur, ni adapté au marché de l’emploi. Le gouvernement imagine des réformes inappropriées de l’enseignement, qui cachent à peine une vision purement comptable de l’éducation. Des postes sont supprimés, des classes ferment alors que les autres sont surchargées, les nouveaux enseignants ne sont pas formés (les fameux professeurs stagiaires), l’assouplissement de la carte scolaire crée des inégalités plus qu’elle ne les réduits.

Là encore, la Ville de Paris agit dans le cadre de ses responsabilités, mais le fond du problème et les solutions à apporter, qui relèvent de l’Education nationale, lui échappent. Puisque c’est non seulement toute l’organisation mais aussi tout le contenu de l’éducation qu’il faut repenser, tout comme les méthodes de sélection qui sont légitimement vécues de manière injuste et qui favorisent les réorientations multiples, l’échec scolaire et le décrochage.

La question de l’orientation est également centrale. Trop précoce, et trop souvent subie, notamment dans les lycées professionnels, où elle ne correspond en rien aux aspirations de trop nombreux lycéens. Enfin, l’apprentissage est un mode d’enseignement à généraliser, à tous les niveaux, aussi bien pour améliorer l’insertion des jeunes que pour limiter les stages abusifs et non rémunérés, pratique si courante dans la capitale.

Favoriser l’autonomie des jeunes, par l’accès à une formation de qualité, à un emploi satisfaisant et à logement décent, leur permettrait d’aborder leur vie d’adulte avec confiance et de faire leurs propres choix, dégagés de l’angoisse de la précarité.

Aider les jeunes ce n’est pas les assister, c’est au contraire leur donner les clés de la maturité, afin qu’ils deviennent responsables à leur tour et prennent en main leur avenir qui est aussi le nôtre.

Une réponse

  1. Salut Jacques,

    Je trouve pas ta contribution très « fun ». C’est très généraliste et on voit mal la contribution possible de la Ville de Paris (comme ville et comme département).

    Le Conseil de la jeunesse a fait une série de propositions à laquelle les Verts comme les autres partis n’ont pas vraiment répondu. Pour n’en prendre qu’une, est-il normal que les enfants de fonctionnaires de la ville soient favorisés dans l’embauche des emplois saisonniers (paris plage,…) ?

    Il y aurait d’autres choses à voir, comme l’écoute dans les établissements scolaires ou par la mairie. Les conseils de la jeunesse sont complètement insuffisants en la matière. Il y a des choses innovantes à proposer. Il faut cesser d’infantiliser toute la jeunesse et l’exemple de l’expo Larry Clark est consternante !

    Enfin dernier détail à corriger… C’est Hans Joas et pas Jonas.

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