On ne touche pas aux intérêts de monsieur Lagardère

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L’ami du président Sarkozy, auquel le maire de Paris voulait accorder quelques largesses, n’aura pas le droit de couvrir ses terrains de tennis en plein site classé du Bois de Boulogne. Le dirigeant du très huppé Racing club qui voulait que les riches puissent taper dans la balle sans avoir froid l’hiver, a vu son projet rejeté par la Commission des sites. S’appuyant sur l’avis négatif de l’inspecteur des Sites classés et des ABF (Architectes de bâtiments de France) pour qui cette construction est illégale, les Verts et des associations ont voté contre. Une victoire pour la démocratie, face aux intérêts particuliers des puissants. Histoire…

La commission des sites et paysages qui se réunit sous la responsabilité du Préfet (donc du gouvernement) est un organisme bien policé. Les débats qui s’y déroulent sont souvent forts consensuels. Ils consistent à valider les projets de construction ou d’aménagement situés dans les parcs, jardins publics ou les bois et qui risquent de dénaturer le paysage ou de grignoter des espaces verts ouverts à tous.
Hier, mercredi 19 décembre, cette commission a frisé le ridicule. Un étrange projet lui était soumis. Il s’agissait d’autoriser la couverture, six mois par an, par toits gonflables (!) des terrains de tennis du Centre sportif de la Croix Catelan, ce club fermé et très huppé au cœur du bois de Boulogne. Situé en plein site naturel classé, contrevenant ouvertement à la Charte des bois et au PLU (Plan local d’urbanisme) ce projet de construction aurait dû être jugé irrecevable et ne pas même être présenté à la commission.
Mais le maire de Paris, qui a accordé la concession de la Croix Catelan à Arnaud Lagardère, ne souhaite pas décevoir celui dont il courtise les faveurs. Son adjoint à l’Urbanisme a fait de son mieux pour essayer de démontrer que construire dans un espace boisé classé était compatible avec le Plan local d’urbanisme qui pourtant l’interdit !
De son côté, l’Etat s’est couvert de ridicule. Mais l’ami personnel du Président de la République mérite bien que l’on fasse quelques efforts. Une fois n’est pas coutume, le Préfet qui préside la réunion de la Commission avait invité un « expert », le directeur de cabinet du ministre des Sports, venu là pour tenter de convaincre. Celui-ci, un peu gêné tout de même, explique aux membres de la commission qu’il fallait, pour « développer la pratique sportive » ne pas respecter la loi à la lettre ! Pourtant les avis de l’inspecteur des architectes des bâtiments de France (dépendant du ministre de la culture) et de l’inspecteur de la direction régionale du ministère de l’environnement sont formels, clairs et convergents : l’un et l’autre sont défavorables en raison de « problème de légalité ».  
Au moment du vote, les membres socialistes étant peu nombreux en séance et les services de l’Etat s’abstenant, le projet obtient 8 voix contre et 5 voix favorables (dont celle du Préfet représentant de l’Etat et celle de l’adjoint à l’Urbanisme représentant le maire de Paris). Et 7 abstentions. Surpris par l’abstention des représentants du ministère, malgré les avis négatifs de leurs inspecteurs (une première !), j’interroge les personnes concernées. « On en a reçu l’ordre » me répond l’une d’elle ! Difficile de résister aux puissants.
(Sur le même sujet : lire le billet de Yves Contassot)

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