Les Halles : de l'enthousiasme à la déception

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Voilà maintenant sept ans que le Conseil de Paris votait la première délibération engageant la réflexion sur l’aménagement du quartier des Halles. Début avril, un débat était organisé au Conseil de Paris pour voter, ou non, l’arrêt définitif du projet. Alors que tous les autres groupes politiques du Conseil de Paris l’ont approuvé, les Verts se sont abstenus. En effet, aujourd’hui c’est le scepticisme ou la déception qui prévalent. Les élus locaux ont été très peu entendus sur bien des aspects du projet. De plus, en pleine crise économique engager 760 millions d’euros pour refaire entièrement un jardin et bâtir un nouveau centre commercial, est-ce bien raisonnable ?

Voilà maintenant sept ans que le conseil de Paris votait la première délibération engageant la réflexion sur l’aménagement du quartier des Halles. Les élus du Conseil de Paris ont débattu début avril de l’arrêt définitif du projet. Tous les autres groupes politiques l’ont approuvé. Seuls les élus Verts ont choisi l’abstention. Pourquoi ?

Après de nombreuses discussions, réunions de groupes de travail thématiques, débats publics, études complémentaires… force est de constater que l’enthousiasme du début n’est plus de mise. Aujourd’hui c’est le plus souvent le scepticisme ou la déception qui prévalent.

Si la concertation menée par la Ville a révélé des avis variés et permis de dégager un certain nombre de priorités, nous regrettons fortement que certaines propositions soient restées ignorées.

Les membres de la concertation n’ont cessé, tout au long du processus, de revendiquer une démarche plus « participative » et ont régulièrement contesté une conception réductrice de la concertation, ramenée le plus souvent à de simples réunions d’information.

C’est comme si les orientations importantes avaient été arrêtées, en lieu clos, entre le gestionnaire du Forum (la société Unibail) et la maîtrise d’ouvrage, sans que les usagers et les associations qui les représentent ne soient associées.  

Ce sont donc des propositions entièrement formalisées qui ont été, le plus souvent, présentées au public et mises en débat. Une telle méthode n’a pu que générer toute une série de frustrations. Et a amené les associations à parler de « manque de transparence » invoquant : l’absence de respect du calendrier des réunions, des lenteurs dans la retranscription des comptes rendus, des ordres du jours imposés, la transmission des dossiers trop tardive et des réunions se ramenant à une simple communication de décisions déjà prises… Tout ceci au grand dame du garant de la concertation qui a fait de son mieux.

Les demandes d’éclaircissement ont abouti le plus souvent à des explications sans lien avec la question posée voire au mutisme des adjoints ou des services.

Dans ce contexte, on a pu qu’observer, au fil de ces bientôt sept ans, une dérive progressive, mais semble-t-il inéluctable. Parti d’un simple projet de rénovation nous aboutissons à la création d’un équipement de prestige, onéreux, essentiellement dédié aux commerces et qui arrive peut-être à contre-temps, la crise s’étant invitée dans l’actualité.

Il n’est pas inutile de rappeler les orientations qui figuraient dans la délibération initiale votée par notre Assemblée en 2002. Il s’agissait de « résoudre les dysfonctionnements du site » sans tout déstructurer. La rénovation devait : « mettre en valeur » certaines placettes et espaces publics, engager une réappropriation du jardin et non pas sa mise à plat. En ce qui concerne le bâti, il s’agissait de « choisir ce qu’il faut préserver et valoriser ». En matière commerciale, nous devions « favoriser la diversité et l’implantation de commerces de proximité », et non pas étendre les surfaces commerciales. Or, c’est bien d’un « réaménagement », et non plus d’une rénovation, qu’il est question dans le projet qui nous est soumis.

C’est pourtant sur la base de ces principes initiaux, que les Verts avaient approuvé la délibération de 2002. C’est aussi sur cette même base que, à l’issue de la procédure de marchés de définition simultanés, ils s’étaient prononcés en faveur du parti pris urbanistique proposé par l’équipe Seura Mangin. Il ne s’agissait pas de faire un choix sur projet de maquette, comme cela a pu être compris, mais bien d’opter pour un parti pris urbain. Or celui de Mangin « un toit dans un jardin » était le seul des quatre proposés, qui préservait entièrement le jardin de toute construction, tout en limitant les surfaces commerciales à la dimension de l’actuel Forum.

Les études se poursuivant, les partenaires de la concertation ont considéré que le projet architectural de l’équipe Mangin manquait d’audace, et risquait de se révéler peu attractif pour le public et donc pour les commerces.  Evincé de son projet architectural qu’il tenait, à tort, pour acquis, David Mangin a dû accepter l’organisation d’un concours international d’architecture pour la partie de l’ancien forum situé à l’Est du site. Afin qu’il ne perde pas complètement la face, carte blanche lui est alors laissée sur le jardin dont la programmation n’a jamais pu être réellement négociée et qui aboutit à une proposition qui ne satisfait personne, tout en engageant des travaux importants déstructurant la totalité du jardin.

En revanche, le cahier des charges de la consultation pour la rénovation du bâti du Forum a, lui, été soumis à concertation. Il a débouché sur la sélection de dix architectes parmi lesquels le jury a retenu, en 2007, le projet de Canopée des architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti.

Bien que cette Canopée, sans faire consensus, n’ait pas entraîné de critiques aussi virulentes que le jardin, certains observateurs craignent que son subtile découpage initiale en feuille d’érable incurvée et fine, tel que présenté sur le projet de maquette, prennent la forme d’une banale feuille (de salade) qui aurait pris de l’épaisseur. On comprend que la faisabilité technique est difficile. Mais attention à la déception. L’esthétique n’est pas une priorité mais la démolition des pavillons Willerval doit permettre de faire mieux, pas moins bien.

Quoiqu’il en soit, il faudra au final concilier un espace ouvert accessible à tous avec la sécurité nocturne demandée par les commerces. Verra-t-on des grilles être érigées la nuit empêchant le public de traverser sous la Canopée après la fermeture des commerces ? Autre inquiétude : l’entrée et la sortie principales de Canopée sera tournée vers l’Ouest ouvrant non plus sur la rue Pierre Lescot, en connexion avec l’espace urbain, comme c’est le cas aujourd’hui mais vers le jardin. Il sera alors difficile de contenir longtemps les terrasses des cafés branchés construites à l’Ouest en rez-de-chaussée de la Canopée qui s’étendront vite sur le jardin, asservissant celui-ci aux espaces commerciaux.

Par ailleurs, certains projets d’équipements comme l’auditorium, l’office de tourisme pour enfants, de salles de réunion pour les syndicats des salariés du forum, sont redimensionnés ou ont purement et simplement disparu au profit des surfaces commerciales.

Aujourd’hui c’est un projet à 760 millions d’euros que nous nous préparons à engager. Est-ce bien raisonnable ? D’autant que plusieurs inconnues demeurent. Et notamment nous ignorons la part que prendront Unibail, le Stif et la Ratp à ce financement.

Qu’il soit bien clair qu’il ne s’agit pas, pour les Verts, de ne rien faire. Les voiries souterraines, symboles du tout voiture de la période pompidou-chirac, sont à revoir ou a fermer, le pôle transport doit évoluer, la salle d’échanges doit être rénovée, un nouvel accès aux transports en commun souterrains est a créer, certaines parties du jardin doivent être revues. Mais pourquoi ne pas se concentrer sur l’essentiel, sur ce qu’il y a d’urgent et qui fait consensus ?

Car l’ancien ventre de Paris, devenu le coeur, est fragile – éprouvé par un flux de visiteurs pour lequel il a été sous-dimensionné à l’origine.

Dans ce contexte, il faut comprendre que le jardin d’enfants dit jardin Lalanne soit l’objet d’un attachement fort des usagers, qui le fréquentent. Cet attachement a été exprimé par la quasi-totalité des acteurs de la concertation : les maires arrondissements concernés, ainsi que par les conseils de quartier et les associations locales.

Ce petit espace constitu
e un îlot de diversité végétale rare et son concept, ainsi que ses fonctionnalités, notamment l’accueil des enfants par des animateurs, en font un lieu unique au monde. C’est pourquoi, si ce jardin devait être supprimé, pour une raison que beaucoup peinent à comprendre, si ce n’est qu’il est placé au débouché des terrasses des futurs cafés branchés et qu’il faut bien stocker gravas et baraques de chantier quelque part, nous considérons comme essentiel qu’un lieu répondant aux mêmes caractéristiques soit créé. Mais quel gaspillage !

De même, en ce qui concerne la place René Cassin, et sa « grosse tête » l’oeuvre d’Henri Miller. Cette vaste place, est le seul lieu gorgé de lumière en hiver de ce quartier au bâti très dense et très ancien. Elle accueille les visiteurs venus de toutes parts. Spectacles de rues, manifestations diverses, s’y tiennent de temps à autre. Cette place, elle aussi, doit pouvoir retrouver, si elle devait être transformée, les mêmes caractéristiques.

Avec son flux de 800 000 voyageurs quotidiens, Les Halles sont la première porte d’entrée dans notre capitale, en particulier des jeunes venus de la périphérie de notre agglomération. Nous nous réjouissons que cette dimension soit prise en compte. Elle pourrait encore mieux s’inscrire dans un projet de rencontre et de brassage des populations si le centre d’animation Les Halles-Le Marais était pleinement associé au dispositif jeunes métropolitains. Ce serait aussi l’occasion des mettre en oeuvre les travaux maintenant urgents dont ce centre d’animation a besoin.

Nous souhaitons par ailleurs que la Ville de Paris réaffirme sa volonté politique, d’inscire la création d’un pôle de logistique ferroviaire urbaine comme l’une des priorités majeures de la rénovation du site des Halles.  La part du transport routier dans l’acheminement des marchandises vers le coeur de notre agglomération est excessive. Et lourde de conséquences sur notre contribution au réchauffement planétaire : le transport de marchandises  représente 25 % du bilan carbone parisien.

Les études, menées dans la précédente mandature à l’initiative de Denis Baupin ont montré la faisabilité d’un tel projet, qui est d’ailleurs inscrit au plan local d’urbanisme, et dans le plan de déplacements.

Nous serons également particulièrement attentifs à ce que les principes du développement durable soient appliqués tant durant la période de construction que dans la vie courante du site : choix des matériaux, énergie renouvelables, récupération des eaux de pluie, etc…

Nous ne méprisons pas les préoccupations esthétiques, ni l’ambition de léguer à notre cité une empreinte architecturale. Mais ces priorités ne sont plus à l’ordre du jour. Nous pourrions prendre le temps de la réflexion afin de mieux discerner l’essentiel de l’accessoire. En ces temps de difficultés financières, nous devrions concentrer l’action de notre ville sur les besoins les plus criants de nos concitoyens.

Le groupe Verts a déposé un voeu en ce sens. S’il était rejeté nous nous abstiendrions sur les délibérations dont la communication est l’objet de notre débat, à l’exception de la délibération portant sur l’aide à la maîtrise d’ouvrage relative au développement durable.

Une réponse

  1. C’est aussi le point de vue de nombreuses associations locales, y compris de celles qui ne monopolisent pas le débat. C’est aussi l’opinion de beaucoup de riverains, y compris ceux qu’on entend peu. Y a-t’il encore quelque chose à faire pour sauver le jardin des enfants et la place René Cassin sa grosse tête et son amphi ?

Les commentaires sont fermés.

Twitter

Facebook

Liens amis