Le Tour de France est en bout de course. Est-il possible de le dire ?

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Course cycliste
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TDF : arrivée d’un contre-la-montre par équipe

En préambule je souhaite préciser : j’aime le vélo, le pratique quotidiennement et quand j’étais môme avec mes parents, mes frère et sœur, on se pressait l’été sur le passage de la caravane publicitaire. Et j’en garde de bons souvenirs ! J’aime faire la fête (parfois un peu trop) et ne suis pas un bourgeois élitiste. Je n’ai pas de fortune personnelle et mes parents étaient tous les deux d’origine modeste. C’est un peu long comme préambule mais indispensable pour la suite.

Je ne suis donc pas tout ce qu’on m’a reproché après avoir « osé » questionner les pratiques en vogue sur le Tour de France cycliste. Seulement, je m’interroge. Peut-on encore exprimer une opinion, sans être invectivé, insulté, voire menacé, comme je l’ai été  ?

Au moment où une soixantaine de médias signent une tribune pour défendre la liberté d’expression, qu’ils estiment menacée, dénonçant les menaces de mort sur les réseaux sociaux et redoutant que la violence des mots ne se transforme en violence physique, il y a de quoi s’inquiéter.

 

Un Tour « plus écolo » c’est possible

Le déferlement de haine dont j’ai été l’objet pour avoir dénoncé, à la suite des élu.es écologistes rennais et lyonnais, les abus du Tour de France a une explication.

Confortée à la réalité du dérèglement climatique, l’opinion publique est en train de basculer. Il faut donc discréditer les écologistes, les caricaturer, les dénigrer. La justesse de leurs analyses, la montée en puissance et le développement de leurs idées dans l’opinion, en font des adversaires politiques à abattre.

Pourtant, la critique du Tour n’est pas nouvelle. L’année dernière une tribune signée par une quarantaine de députés (dont Barbara Pompili ) intitulée « Gadgets en plastique : le Tour de France roule sur la tête », dénonçait dans l’indifférence générale, la distribution inutile de ces goodies, « de pitoyables breloques en plastique fabriquées en Chine » qui se retrouvent dans les décharges et les océans. Et d’en appeler les organisateurs à « réfléchir à un tour plus écolo ».

Blog de Barbara Pompili : le Tour de France roule sur la tête

A chaque étape : 12 à 30 tonnes de déchets à la charge des communes

Les spécialistes du sport ne disent pas autre chose. Pour le chercheur Pierre Rondeau, par exemple : « cette compétition alimente une gabegie mercantile et productiviste, marqueur du consumérisme à outrance et de la consommation de masse ». Et selon une étude parue en 2013, chaque édition du Tour de France présente une empreinte carbone de 341 000 tonnes. Ce serait même l’événement sportif mondial produisant la plus forte émission carbone après les Jeux Olympiques et la coupe du monde de football.

Outre la pollution produite par les 10 à 12 millions de spectateurs qui se déplacent sur l’itinéraire de la course, la caravane du Tour est composée d’une cohorte de 250 véhicules : voitures, bus et camions, s’étalant sur plus de 12 km – auxquels s’ajoutent avions et hélicoptères. Elle répand sur son parcours 18 millions de gadgets, distribués sous emballage plastique qui se retrouvent au mieux dans les décharges et au pire dans les océans.

Alors que ASO la société organisatrice engrange les profits, le Tour coute cher aux collectivités qu’il traverse. Elles doivent payer pour accueillir une étape (600 000 € à Lyon). Somme à laquelle s’ajoute la charge du ramassage des quelque 12 à 30 tonnes de déchets essaimés chaque jour sur le parcours. On a vu cette année de bien timides distributions de sacs poubelles aux spectateurs. Mais rien ne change sur le fond : les déchets sont là, à la charge des commues. Les profits pour le privé, les dépenses pour les collectivités…  Pointer qu’il n’y a pas de course féminine, dire que les femmes sont reléguées au rôle de potiches sur les podiums ? C’est être contre la tradition et les réjouissances. (Lire ici).

 

Des anciens champions « dégoutés » par la pratique du dopage

Peut-on enfin parler de dopage ? Non, pas plus ! Ce serait remettre en cause la performance de tous les coureurs, alors que justement il s’agit de débusquer les tricheurs.

La mise en danger par l’atteinte à l’intégrité physique de jeunes sportifs est problématique. Mais personne ou presque n’en parle. Le dopage serait-il une pratique généralisée sur le Tour ? On pédale en pleine hypocrisie.  C’est l’Omerta. Pourtant, a priori si de nombreux coureurs font l’effort de « rester propres », quitte à ne pas connaître la gloire, beaucoup d’autres prennent des substances, encouragés par leur manager.

Tous les spécialistes observateurs du Tour le savent : on ne gagne pas à jeun… Comment ne pas être troublé par la performance hallucinante du jeune slovène, vainqueur 2020, qui a absorbé la pente du Grand-Colombier en un temps que les observateurs connaissant le Tour a laissé pantois. Certains anciens porteurs du maillot jaune, comme le suisse Stéphane Heulot se disent même « dégoutés » par le système et la complaisance des organisateurs. Pour lui, cette année encore on a passé un cap avec un dopage « chimique et électrique ». Allusion aux moteurs électriques cachés.

D’ailleurs la course à peine terminée, le Parquet a ouvert une enquête contre une équipe dont le manager s’était déjà, par le passé, illustré pour avoir favoriser le dopage de coureurs. Étrangement, l’organisation du Tour, elle, n’a rien trouvé à dire.

Tirer sur le messager pour faire oublier le message

Mais qui cloue-t-on au pilori ? Qui sont les coupables ? Ce sont les écologistes, lanceurs d’alerte. Quand le message n’est pas bon, on tire sur le messager. Avec une violence digne des fauves à l’agonie, le directeur d’ASO Christian Prudhomme accuse les maires écologistes de « séparatisme ». Le Tour est une vache sacrée, s’interroger sur ses pratiques ce serait ne pas aimer la France, remettre en cause cette grande fête populaire, être élitistes, méprisants…

Méprisant ? C’est lui pourtant, le directeur du Tour, qui à la tribune d’une étape, devant le maire de Grenoble, affirme que le passage du Tour permet « au chômeur de redresser la tête car voir son village à la télé est une source de fierté ».

Quel mépris pour les demandeurs d’emploi ! Vendre du rêve, plutôt que donner du boulot ? Le dire, c’est être soi-même coupable de mépris à l’égard des chômeurs, des coureurs et du peuple.

Le Tour est pourtant bel et bien à bout de souffle. S’il veut perdurer, s’il veut rester une fête populaire, pour toutes et tous, il doit urgemment se réinventer.

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Une réponse

  1. Merci pour votre tribune claire et votre engagement contre cette dupérie monumentale et pollutante qu’est le tour de France !

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