Je ne suis pas un shérif !

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Une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui va mal. Les députés UMP, majoritaires à l’Assemblée nationale, viennent de voter le projet de loi sur la prévention de la délinquance. Depuis 2002, il s’agit de leur dixième loi sur la sécurité ! Le texte durcit encore les sanctions contre les mineurs. Ils peuvent désormais être condamnés dès l’âge de 10 ans et être enfermés à partir de 13 ans. En outre, la loi prévoit de mettre les maires à contribution. Mais pas question que je sois complice de cette chasse à l’enfant. Les maires ne sont pas des shérifs.

Personne ne devient délinquant par plaisir. Un mineur au comportement associable, ou qui commet un délit, exprime un manque, un malaise, une frustration. C’est toujours un milieu, une histoire, un contexte qui conduisent à la délinquance. La délinquance des jeunes est révélatrice d’un double échec. Un échec social et un échec éducatif.

Un échec social d’abord. Inhérentes au mode de fonctionnement de la société libérale qui promeut la réussite au mérite, les inégalités économiques s’accroissent. Elles concourent à sectoriser les personnes et à faire s’affronter des blocs : possédants contre démunis, jeunes et grands frères contre flics et adultes ou périphérie contre centre.  Une situation qui contribue au renforcement de la reproduction de modèles de comportements au sein de chaque bloc. Emile Durkheim créateur de la sociologie observait déjà, fin du 19e siècle, que lorsqu’un groupe est en butte à une hostilité marquée, il renonce à modifier son comportement et, au contraire, s’obstine encore plus opiniâtrement dans l’attitude qui lui est reproché d’adopter.
A cette image de violence reproduite à l’envie, s’ajoute la désertion de certaines zones par les pouvoirs publics. Il y a trop de quartiers où la seule présence de l’Etat se matérialise par des rondes de la police dont la présence conforte le sentiment d’exclusion et d’insécurité. Provocante, elle suscite la violence.

Un échec éducatif et culturel, ensuite. Pour ces jeunes aux familles sans emploi, souvent déstructurées (séparations, divorces) qui connaissent mal leur culture et leur origine il faudrait une école adaptée, ambitieuse et ouverte. Mais en l’absence de moyens renforcés pour l’école et l’éducation pour cette population particulièrement, ces jeunes n’ont plus de cadre et ne peuvent acquérir ni métier, ni sens moral. Ils peinent, on le comprend, à trouver une place dans la société. Sans projet, sans travail, comment survivre avec les seules aides sociales, sans jamais ne commettre aucun délit ?

Face à cette situation de pauvreté et d’a-culturisme voulue et entretenue, la droite UMP ne semble capable que de voter des lois toujours plus répressives. Dix textes en quatre ans ! La peur institutionnalisée devient un outil justifiant l’autoritarisme d’Etat et la repression des plus démunis, considérés comme « classes dangeureuses ».
Ces lois mélangent répression de la petite délinquance et lutte contre le danger « imminent » du terrorisme (alors qu’il n’y a pas eu d’attentats étrangers en France depuis 1986). Pourquoi cet amalgame ? Quel est le point commun sous-jacent entre terrorisme et délinquance des jeunes ? Mais l’Islam bien sur ! Une caricature, à la limite du racisme, insidieusement répandue. Amalgame toujours : les mineurs qui viennent de brûler un bus sont inconnus des services de police ? Peu importe, cela donne l’occasion au ministre de l’intérieur de pondre, dans la foulée, une loi contre la récidive.

C’est dans ce contexte que la loi sur la prévention de la délinquance va maintenant placer le maire au centre du dispositif répressif. Celui-ci aura accès aux informations concernant la famille d’un mineur. Il pourra décider la suppression des aides sociales et sera tenu d’informer le juge.

Est-ce bien là le rôle d’un élu de servir d’auxiliaire de police ? Après avoir donné au maire la possibilité d’enquêter auprès de futurs mariés et de dénoncer au juge des mariages blancs, puis de vérifier les conditions d’accueil et de séjour de personnes souhaitant recevoir des étrangers, les lois répressives voulues par le ministre de l’intérieur portent un mélange des genres dangereux pour la démocratie. Mais ce ministre ne disait-il pas que les Français devaient « accepter un peu moins de liberté pour un peu plus de sécurité » ?  Nous y sommes. Ne soyons pas complices de cette idéologie liberticide et sécuritaire.

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