Discours prononcé à l'occasion de la commémoration de l'Armistice du 11 novembre

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Le dernier poilu, Lazare PONTICELLI, a disparu, cette année, le 12 mars 2008. Il avait 112 ans. Souvenons-nous de son étrange destin. Il était Italien, arrivé, dans sa jeunesse, clandestinement en France, sans-papier comme l’on dit aujourd’hui, et réfugié dans notre pays dont il obtiendra la nationalité. C’était un pacifiste.

Nous sommes réunis pour nous souvenir de ce « cessez-le-feu », instaurant la paix des armes qui fut le prélude à cette paix des cœurs, qui prit beaucoup de temps, pour peu à peu, s’installer en Europe.

Merci de vous être déplacés pour commémorer, ensemble, ce 90e anniversaire de l’Armistice, signée en forêt de Rethondes, près de Compiègne, le 11 novembre 1918.

Rassemblés devant le monument aux morts de la Mairie du 2e arrondissement, prenons le temps de nous arrêter un instant pour nous souvenir des millions de morts que fit cette guerre particulièrement affreuse, cet « âge des ténèbres » comme l’a nommé l’historien britannique Eric HOBSBAWN.

Vous le savez, le dernier poilu, Lazare PONTICELLI, a disparu, cette année, le 12 mars 2008. Il avait 112 ans. Souvenons-nous de son étrange destin. Il était Italien, arrivé, dans sa jeunesse, clandestinement en France, sans-papier comme l’on dit aujourd’hui, et réfugié dans notre pays dont il obtiendra la nationalité.

C’était un pacifiste. Mais il a porté les armes pour défendre la patrie qui l’avait adoptée. Dans ses derniers propos, il exprimait encore sa rage contre toutes les guerres et en particulier contre l’absurdité des décisions qui avaient conduit au conflit pourtant évitable dont le souvenir nous réunit aujourd’hui. Et l’âge n’avait pas entamé sa colère.

C’était le dernier des combattants de la grande guerre. Il y survécut par hasard. Ne l’oublions pas. Comme nous n’oublions pas tous ses camarades, morts par centaines de milliers. Et comme nous ne pouvons pas oublier, en particulier, les 200 000 soldats sacrifiés, en trois mois, dans cette offensive surréaliste – mais bien réelle – du Chemin des Dames, au printemps 1917.

Cette absurdité de la décision militaire, conçue par des chefs loin du front et de ses réalités, comme le général Nivelle, ne servit à rien. Si ce n’est qu’elle cristallisa le mécontentement et la révolte qui montaient dans les tranchées. Et donna naissance aux mutins de 17 dont la mémoire a été récemment réhabilitée.

Cette révolte, les soldats l’écrivaient à leurs familles. Dans leurs lettres, ils disaient les souffrances inhumaines, la saleté, les maladies, les gaz, les hécatombes inutiles et accusaient leurs chefs d’être des bouchers et des incompétents. A l’époque, la vie des simples soldats, pour la plupart ouvriers ou paysans, comptait peu.

Comme comptait peu la vie de ces combattants venus en nombre du Maghreb et de l’Afrique Noire qui furent souvent traités comme de la chair à canon, ainsi que le relate superbement le film de Rachid Bouchareb, « Indigènes ».

Les lettres de ces soldats étaient relues systématiquement par le Contrôle postal des armées. Celles qui parvenaient aux familles ne devaient pas attenter au moral de la Nation. Beaucoup subissaient alors une censure totale ou partielle. Les mots gênants étaient noircis à l’encre par les services de contrôle.

Certaines, des cartes postales au format minuscule, qu’on donnait aux soldats de première ligne, ne pouvaient contenir qu’une phrase, quelques mots. Et encore, le nom du lieu, indiqué par les soldats pour que leur femme ou leur père sachent où ils se trouvaient, était-il systématiquement rayé.
Beaucoup de lettres étaient simplement mises de côté dans des cartons et ne parvenaient jamais aux familles.

Ces lettres sont aujourd’hui à la disposition des historiens, aux archives militaires du Fort de Vincennes. On peut y lire des témoignages bouleversants. Et puisque le dernier des poilus a aujourd’hui disparu, je souhaitais vous donner lecture de lettres qu’ils adressaient à leur famille et qui témoignent pour l’éternité à la fois de l’absurdité et de l’atrocité particulières de ce conflit.

«  Ma Lilie chérie, ah ! je sens en mon âme une pitié ineffable pour ces glorieux malheureux qui sont victimes de la barbarie humaine. Hélas, moi aussi, je fais partie de cette association infâme. Ma haine est si grande contre ces « messieurs…nos assassins » que je ne trouve pas d’expressions assez grossières pour les dénommer. Nous vivons au jour le jour. A l’instant bien portants et peut-être dans quelques minutes morts. » Ton petit homme (Pour la vie ?).

Ou encore cet extrait d’une autre lettre de novembre 17 :

« Le secteur est bon puisque nous causons tout le jour avec les Boches, ils nous envoient le journal, des cigarettes et nous faisons de même, enfin pas une grenade ni un coup de fusil car c’est trop près ».

Enfin, une lettre de décembre 17 que signe le désespoir :

« Nos pièces d’artillerie lourde ont tiré pendant une heure dans nos lignes, jusqu’à 200 mètres trop court. Et cela malgré nos coups de téléphone, les fusées, les signaux. Il n’y a plus ni courage, ni rien, c’est fini ».

L’année 1917 fut la plus dure, à tous points de vue. Le piétinement des fronts, la fatigue, le découragement, les mutineries qui gagnaient et les fraternisations entre soldats ennemis, tout mettait l’état-major sur le qui-vive.

L’entrée en guerre des Etats-Unis et le discours sur l’Etat de l’Union le 8 janvier 1918 du président américain WILSON basé sur la liberté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, constitua un tournant qui contribua à la victoire des Alliés.

Lorsque 300 000 soldats américains, et parmi eux beaucoup de jeunes Noirs afro-américains, débarquèrent en mars 1918 sur le « vieux continent », le choc psychologique fut intense et salutaire.

A ces soldats Français aux uniformes déchirés, amaigris, malades, épuisés, ce renfort redonna un immense espoir.

Les dernières offensives allemandes du printemps 18, qui firent les derniers désastres, trouvèrent, face à elles, les troupes Alliées renforcées par celles du général américain PERSHING. Et la contre-offensive majeure de la mi-juillet 1918 anéantit le front allemand.

Mais il fallut encore attendre le mois de novembre et de nombreuses victimes pour que cette guerre enfin s’arrête.

Le désespoir et la colère que les soldats de « la der des der » tentaient de dire à leurs familles dans leurs lettres ressemblent parfois, étrangement, à ceux d’autres témoignages d’autres soldats de par le monde.

Souvenons-nous, à travers ces écrits, à travers la mémoire de ce dernier poilu disparu, combien la paix aujourd’hui encore est difficile à construire et combien elle demeure un combat que nous devons nous efforcer, de mener au quotidien.

0 réponse

  1. Oups, merci, c’est rectifié (il s’agissait surement d’un mauvais copier/coller)

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