Discours prononcé à l’occasion de la commémoration de l’Armistice du 11 novembre

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Monsieur le Député,

Mesdames et Messieurs les élu(e)s,

Mesdames et Messieurs les représentants des Anciens Combattants et Porte-drapeaux,

Mesdames et messieurs les représentants de la Police, de la Gendarmerie et de la Protection civile,

Mesdames et Messieurs,

 

 

94 ans se sont écoulés depuis que l’Armistice de la Première guerre mondiale a sonné sur le territoire européen et dans tous les villages de France, le 11 novembre 1918 à 11  heures.

L’Armistice avait été signé quelques heures auparavant, entre les belligérants dans un simple wagon de chemin de fer, à Rethondes, en forêt de Compiègne, à 5 heures du matin.

 

Nous sommes réunis à nouveau pour commémorer cette paix et je vous remercie d’être toujours nombreux et fidèles à cette cérémonie.

 

Nous nous souvenons ensemble de ce conflit, de ce cauchemar. Et maintenant que le dernier « poilu » a disparu,  nous devons, plus que jamais, à notre tour nous souvenir pour transmettre la mémoire au nom de ceux qui ont combattu.

 

Nous nous souvenons des veuves, des orphelins, des familles endeuillées, des blessés, des gazés, des amputés, des millions de morts.

 

Nous nous souvenons de cette dévastation humaine, de cette « éventration » de la terre dans les plaines du Nord et de l’Est de la France comme dans toute l’Europe.

 

Première guerre « moderne », premières armes chimiques, premiers blindés, premiers sous-marins, premiers avions de guerre, premiers génocides. Ce fut la première guerre industrielle.

 

Cette guerre d’un genre nouveau fut une boucherie. Elle fut entreprise et conduite non par les peuples, qui la refusaient, mais par les gouvernants qui galvanisaient les peuples et les menaient les uns contre les autres.

 

Elle fut entreprise, cette guerre, malgré les appels à la paix de Jean Jaurès qui croyait aux affinités de la France de la Révolution et de l’Allemagne de la Réforme, et qui fut assassiné, pour cela, à quelques rues d’ici  le 31 juillet 1914 parce qu’il représentait le dernier rempart contre le départ vers le front.

 

Août 1914 : les pays les uns après les autres, comme en une tour de Babel où plus personne ne se comprend, où plus personne ne raisonne, se déclarent la guerre.

 

Août 1914 : premier été de guerre. Il y eût, ensuite, pour les jeunes soldats engagés, cinq étés de guerre jusqu’à la paix, que beaucoup n’ont pas connue.

 

 

Les Ententes ou les Alliances préalables n’y font rien : le monde s’embrase et les peuples, impuissants, regardent ce spectacle hallucinant, cet engrenage.

 

Plus aucune diplomatie, plus de négociations possibles. Les Etats-majors prennent la main, comme l’on dit aux jeux de cartes. Un jeu sanglant qu’on croit rapide.

 

Ce sera beaucoup plus long, comme l’écrit déjà dans sa lettre le 31 mars 1915, le poète Guillaume APOLLINAIRE, (je cite) :

 

« Elle sera longue. Elle n’a pas encore commencé. Dieu que ce sera extraordinaire et effrayant quand ça commencera. Et après, prenons garde à la faiblesse, ce sera le grand tournant à cause des requins qui se tiennent aux aguets dans le Pacifique et ailleurs. Au lieu de pelotons d’élèves officiers, on devrait faire des pelotons d’élèves diplomates. »

 

La lucidité d’APOLLINAIRE n’était malheureusement pas partagée par les états-majors qui pensaient que ce conflit serait réglé en quelques semaines.

 

Car la carte du monde, qu’on pensait à l’époque fixée une fois pour toutes par les colonisateurs, ce grand gâteau découpé par l’influence et l’emprise des monarchies, des empires et même des républiques, explose.

 

L’étincelle du 28 juin 1914 à Sarajevo va enflammer le continent européen tout entier et au-delà, entraîner le Japon et les Etats-Unis à prendre  part au conflit.

 

Rappelons qu’il n’y eût pas seulement Verdun ou le Chemin des Dames où de cruels combats meurtriers se déroulèrent, l’horreur fut aussi présente dans les Dardanelles, à Varsovie, à Vittorio Veneto, sans oublier les batailles navales des Falklands ou d’Ostende.

 

Derrière ces noms il y eût des millions de morts, de disparus à jamais sans sépulture, des rescapés marqués à jamais.

 

Au cœur de ces civilisations devenues « mortelles » comme l’écrivit Paul Valéry en 1919, engagées les unes contre les autres pour conserver un vieux monde qui craquait de toutes parts, il y eût des peuples ressortis exsangues, désorientés, avides de paix, mais aussi de vengeance.

 

Les récits historiques immédiats sont la plupart du temps ceux des vainqueurs.

 

Mais il est d’autres récits, plus tard, qui lèvent des secrets et nous font apprécier différemment les conflits mondiaux ou régionaux.

 

L’histoire de France, comme l’histoire du monde est évolutive. Elle ne peut pas être enfermée dans des musées une fois pour toutes.

 

Les historiens, comme tous les chercheurs, doivent pouvoir fouiller et analyser les faits de l’histoire, faire parler les archives en toute liberté.

Et nous faire comprendre, par exemple, pourquoi et comment ce premier conflit mondial se poursuivit, sous une autre forme, vingt ans plus tard, en 1939, alors que l’on croyait qu’il s’agissait bien de la « der des ders ».

 

APOLLINAIRE avait donc raison en 1915, lorsqu’il évoquait la durée de la guerre. Et il eut aussi raison : son vœu de voir se former davantage de diplomates, fut exaucé par la création de la SDN en 1920 puis par l’ONU en 1945.

 

Cependant, malgré cette commémoration de la paix de Rethondes, malgré la création d’institutions internationales, malgré tous les souvenirs de combats atroces, malgré toutes les mémoires affligées que nous partageons aujourd’hui, nous sommes bien obligés de constater que les guerres ont continuées durant le 20e siècle comme en ce début de 21e.

 

Le monde demeure plus que jamais instable. Pensons à l’Afghanistan qui n’est pas en paix, à la Syrie, au Mali, au conflit sans fin en Palestine-Israël et à toutes ces régions où parlent les armes et où souffrent les peuples.

 

Il n’y a pas que les diplomates qui peuvent travailler à la paix : les peuples, les citoyens, dans leur connaissance mutuelle, dans l’échange de leurs cultures, dans leurs dialogues incessants, contribuent, eux aussi, au maintien ou à l’instauration de la paix.

 

En nous souvenant ensemble de la fin de ce conflit de 14-18, de ceux qui ont disparu, comme de ceux qui luttent aujourd’hui encore, nous contribuons tous, fraternellement, à rechercher et à consolider la paix entre les peuples partout dans le monde.

 

Je vous remercie.

 

 

 

 

 

Pour Madame DESAINJEAN

 

Je veux maintenant honorer devant vous une personne que nous connaissons tous, fidèle à chacune de nos cérémonies, parce qu’elle y est personnellement engagée en tant que représentante de l’UNC 2e.

 

Cette personne sera honorée aussi en mairie du 9e pour sa remise de Médaille dans quelques jours le 19 novembre. Et j’aurai à cette occasion la joie de vous parler un peu plus longuement d’elle, de son parcours, de son engagement.

 

Je veux nommer Madame Marcelle DESAINJEAN et pour une raison que, pour une fois, la courtoisie me pardonnera d’enfreindre :

 

Chère Madame, nous tenons à vous féliciter pour vos 100 ans, aujourd’hui, et c’est avec joie qu’au nom des élu(e)s de l’arrondissement, je vous remets ce modeste témoignage de notre affection.

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