Décryptage autour d’un dérapage de campagne

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Gaffe ou coup bas politique ? L’affaire des « fumettes » a fait le tour de la presse. Mais pourquoi le Maire de Paris s’est-il abaissé à me diffamer, puis a prudemment cherché à atténuer ses propos ? Pour préparer les esprits à un changement d’alliance ? Parce qu’il maîtrise mal ses nerfs ? Parce qu’il est rancunier ? Parce qu’il n’a rien à dire sur le bilan des Verts et qu’il en est réduit à pratiquer l’attaque personnelle ? Ou parce qu’il est mal conseillé dans le 2e arrondissement ?

« Salissez, il en restera toujours quelque chose ». A qui pensait Bertrand Delanoë en prononçant ces mots lors du dernier Conseil de Paris du 4 février ? Répondant à une pique de Françoise de Panafieu, avec sa coutumière verve exaltée, il avait visiblement l’esprit ailleurs. Quelques minutes auparavant, je venais de lui faire porter, en séance, un courrier dans lequel, je lui demandais de démentir les propos qu’il avait tenus à mon égard quelques jours plutôt, lors d’une réunion socialiste dans le 2e arrondissement.

Le Maire se croyait-il à l’abri des micros ? Les seuls représentants de la presse, présents dans la salle ce soir-là, étaient des étudiants de Science Po qui enregistraient pour leur blog. Un scoop que les apprentis journalistes de la rue Saint Guillaume n’ont pas laissé filé. Durant tout le week-end, leur blog diffusa, en boucle la petite phrase. N’y résistant pas, la candidate socialiste du 2e a cru malin mettre un lien sur son propre site. Ce que le candidat UMP du même arrondissement a vite remarqué, mettant, lui aussi, le lien de Science Po sur son blog… tout en informant la presse de sa bonne trouvaille. Du coup, dès le lundi 4 février, tout le monde était au courant.

La phrase ? « J’entendais toujours dire Sylvie Wieviorka : c’est moi qui me tape tout le boulot et lui, Jacques Boutault, organise des fumettes à la mairie ». Ajoutant, « Remarquez, je ne suis pas contre ». Rires un peu glacés dans la salle.

Quelle mauvaise muse a-t-elle inspiré une telle bassesse au maire de Paris ? Dans une même phrase : un mensonge, une calomnie et un aveu. Le mensonge : je veux bien comparer mon temps de présence en mairie, le nombre de courriers d’intervention et de réponse aux habitants, de mariages célébrés, de réunions avec les services, mes présences dans les résidences pour personnes âgées, les écoles, les crèches, les Conseils d’arrondissement, les conseils de quartiers, etc. En outre, personnellement, je n’ai jamais eu le sentiment de me « taper » le travail en mairie. Depuis le début de mon mandat, j’exerce ma mission avec plaisir, souvent avec bonheur. Même s’il y a eu, parfois, des moments difficiles et qu’il m’a fallu surmonter des obstacles.

La calomnie, ensuite, c’est d’insinuer que je pouvais prendre la Mairie pour un lieu de plaisirs interdits ou de déperdition. Je ne commenterai d’ailleurs pas cette bassesse. Car, de la part du Maire de Paris, c’est vraiment prendre les habitants du 2e pour des imbéciles qui n’auraient rien remarqué, rien compris. D’ailleurs personne ici n’y voit autre chose qu’une attaque diffamante, certes coutumière en politique, mais dont on pensait que le Maire de Paris se tenait éloigné. D’ailleurs, si cela était vrai, pourquoi diable Monsieur Delanoë a-t-il attendu sept ans et cinq semaines avant l’élection pour dénoncer les faits ? Et d’un point de vue strict de droit, connaissant le délit et n’ayant rien dit, ni fait, pour l’empêcher, il s’en rend complice.

Pour un début d’explication, il a fallu attendre la conférence de presse qui a suivi cette matinée au Conseil de Paris où je remis ma missive en séance au Maire de Paris.
« Je faisais allusion à une réunion en faveur du cannabis organisée en mairie et sa position en faveur de la dépénalisation, qu’il assume ! ». Précisant : « et puis de toute façon, il m’a souvent affronté, notamment dans une tribune parue dans Le Monde au printemps dernier ».

Le seul petit problème c’est qu’il n’y a jamais eu de réunion en faveur, ni en défaveur, du cannabis en mairie du 2e arrondissement. Soit il s’agit d’un petit mensonge, destiné à couvrir un gros mensonge, soit, le Maire de Paris est décidément mal informé (ou désinformé) sur ce qui se passe dans le 2e arrondissement.

En ce qui concerne la position du parti Vert sur la dépénalisation du cannabis, je l’assume entièrement. Tout simplement parce que la dépénalisation permettrait de mieux contrôler les produits, mettrait fin au deal de rue et aux incivilités nombreuses qui en découle, placerait les consommateurs à l’abri des vendeurs de drogues dures, permettrait de mieux protéger les mineurs et enlèverait aux mafias une part substantielle de leurs revenus. Mais, à propos, quel est le point de vue du Maire de Paris sur cette question. Il dit n’avoir rien contre. Donc il est pour la dépénalisation ? De là à imaginer qu’il organise des « fumettes à l’Hôtel de Ville », je me garderais bien de franchir le pas ; ce serait malsain.

La vraie explication de la petite phrase est ailleurs. Bertrand Delanoë n’a, semble-t-il, pas supporté la tribune que j’ai signée dans Le Monde dans laquelle je lui contestais la paternité des réalisations écolos lors de la mandature. Certes, le ton du billet est un peu relevé, j’en conviens. Il s’est vexé, je le regrette. Mais en aucun cas je ne le mets en cause personnellement, jamais je ne lui manque de respect et je proscris, bien entendu, toute attaque calomnieuse à son encontre. On peut d’ailleurs critiquer le Maire, tout en ayant du respect pour l’homme, c’est mon cas.

Le problème de certains socialistes du 2e c’est qu’ils sont restés haineux contre les Verts depuis que la Mairie leur a été enlevée (en 2001, un accord politique, durement négocié sur l’ensemble de Paris, en fonction des résultats électoraux, a donné aux Verts une mairie sur les 12 gagnées par la coalition gauche-écologiste). La candidate socialiste du 2e, bien mal inspirée a agité le chiffon rouge de cette tribune devant le Maire de Paris, insistant sur la nécessite de se venger, lui rappelant qu’il a été « humilié par un petit Maire arrogant » qui n’a jamais dit « merci »… Lorsque l’irrationnel prend le pas sur le cognitif, il n’y a plus qu’à feindre l’intention rationnelle.

Ne parvenant pas à contester le bilan, certains socialistes de l’arrondissement ont décidé d’attaquer la personne du Maire du 2e. Car le bilan est bon. Même l’opposition municipale le concède : les réalisations du 2e enchantent les habitants. De même pour la prochaine mandature, les projets PS et Verts sont-ils contradictoires ? Pas du tout, ils sont tout à fait compatibles, voire similaires sur bien des points.

Alors serait-ce juste une question de couleur politique ? Une manière de concevoir l’action publique qui diverge ? L’une qui pense que pour perdurer les élus doivent faire acte d’allégeance au puissant, se soumettre au Prince. Et l’autre qui estime que la liberté d’opinion n’est pas négociable et qu’exprimer un point de vue, quelles qu’en soient les conséquences, mais toujours dans le respect des personnes, est une composante essentielle des droits Humains.

Ou bien serait-ce une façon de préparer les esprits à une alliance avec le Modem, tout en cherchant à discréditer les Verts ? Cette hypothèse est tout à fait probable. Je regrette d’en faire, personnellement, les frais.

Cela ne me fera pas mettre sous le boisseau ma liberté de parole, et de réaction si nécessaire. C’est une question de pratique et de conviction politique. Et même d’éthique.

0 réponse

  1. Cette mise au point s’imposait. Cela rassure un peu sur l’état d’esprit du maire de Paris qui n’a pas complètement pété les plombs mais doit faire du billard à trois bande et tant pis s’il soit de temps en temps envoyer la mauvaise boule dans le mauvais trou (cette fois c’est vous) si cela sert au final ses intérêt. C’est un classique en politique. Même si les moyens employés, l’attaque personnelle déçoit un peu de sa part. A+ Arno J

  2. Merci pour vos explications monsieur le maire. Je suis une adhérente à 20 euros de l’année dernière (2006 en fait) mais je suis de plus en plus dégoûtée par ce qui se passe dans ce parti. Patricia

  3. Pardonnez moi ce sarcasme mais je comprends maintenant pourquoi il est si facile de se procurer du cannabis dans la rue Saint Denis : de là à transformer ce quartier pour en (re)faire le quartier rouge de Paris il n’y a qu’un pas ? En tout cas c’est un bel exemple de discrimination envers les habitants de ce quartier : la poubelle du 2ème arrondissement est et restera rue Saint Denis et ses alentours. Je doute que la dépennalisation (ou l’autorisation de consommer en coffe shop) fasse baisser la délinquance, que vous ont rapportés vos homologues d’Amstedam de leur expérience ? En tout cas si vous vous y rendez un jour, balladez vous dans le quartier rouge le soir, c’est le White Chapel du 21ème siècle…
    ps : au fait combien d’HLM comptez vous faire bâtir à l’ouest du quartier Montorgueil ? si vous l’aviez fait lors de votre première mandature, votre réeelection n’aurait pas été si facile. Vos électeurs semblent vivre dans un havre de paix, on a du mal à croire qu’ils logent dans le quartier Saint Denis !

  4. Le bilan est bon ?
    Il est vrai que tous ces gens qui partent du conseil de quartier après avoir écouté vos brillantes explications en ce qui concerne l’angle rue st Denis et rue Greneta doivent être la conséquence d’un bon bilan !
    Au moins ne manquez-vous pas de cynisme ! Et si vous ouvriez les yeux ? Ca changerait !

  5. Au fait, M. Delanoé, M. Boutault a raison ! Les séances de fumette n’ont pas lieu à la mairie, mais au su de tous -et surtout du maire du 2e arrondissement- à l’angle des rues st Denis et Greneta, sans compter également la vente de cocaïne et les ecstasy -on m’en propose régulièrement quand je rentre chez moi- !

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