Coup de jeune sur les retraites

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Pour le gouvernement et la droite, les jeunes qui descendent dans la rue seraient manipulés. Pour les dissuader, il brandit deux arguments éculés : l’insécurité et le réalisme économique. Mais ce qu’exprime la jeunesse c’est d’abord une envie d’en finir avec les vieilles recettes. Si le système économique n’est pas capable de leur assurer un avenir meilleur, c’est ce système qu’il faut changer.

Panique à bord du navire gouvernemental : la jeunesse manifeste contre le projet de loi sur les retraites. « Il est irresponsable d’appeler les jeunes à descendre dans la rue quand on sait les risques que cela engendre », a commenté Rama Yade. Pour François Fillon : « il est irresponsable de mettre des jeunes de 15 ans dans la rue ». Quant à Michèle Aliot-Marie : « manifester, cela représente toujours un certain risque ». Pour la droite, la rue est devenue un lieu de violence où personne n’est en sécurité. Et pour en administrer la preuve le gouvernement fait tirer sa police, au flash ball, sur un groupe de jeunes à Montreuil. Car ils le savent bien, ceux qui nous gouvernent : si lycéens et étudiants entrent dans le mouvement, la contestation change de nature. Elle risque de durer et se radicaliser. Mais pourquoi cette poussée de colère juvénile ? Peut-on vraiment être inquiet pour sa retraite quand on n’a pas commencé à travailler ?

Pour certains commentateurs, ces mineurs (dont on voudrait pourtant faire des justiciables comme les autres en abaissant la majorité pénale) ne seraient pas capables de comprendre les enjeux de la réforme des retraites. La vérité c’est qu’ils comprennent bien au-delà !

Les problèmes du monde, le dérèglement climatique et ses conséquences économiques, sociales, migratoires, sanitaires planétaires se posent désormais à cette jeunesse. Ce qu’ils contestent les jeunes, c’est l’avenir qu’on leur offre. C’est cet horizon bouché qu’ils cherchent à percer. Pour un quart des moins de 25 ans en France : « il faut changer radicalement toute l’organisation de la société par une action révolutionnaire » (source : enquête European value survey).

Ceux qui manifestent savent que cette réforme est profondément injuste. Car elle épargne les revenus du capital pour faire porter sur ceux qui travaillent le poids de la solidarité entre générations. Du coup, si cette réforme injuste est inévitable dans ce cadre économique, il faut inventer autre chose, changer de cadre. Le discours des experts qui invitent à penser l’avenir de façon « réaliste » perpétue la croyance selon laquelle seule la croissance peut nous tirer d’affaire. Alors que c’est elle qui nous mène dans l’impasse. Notre mode de développement atteint sa limite ? Il faut en changer et réinventer l’utopie qui nous a donné les congés payés, la sécurité sociale, l’égalité devant la loi, les libertés associatives, syndicales et politiques…

Oui, à 15 ans « on peut se préoccuper de la situation dans laquelle on sera un demi-siècle plus tard ». C’est là ce qui est nouveau. Si l’on ne diminue pas notre production de carbone en changeant de modèle économique, le réchauffement de la planète aura de conséquences irréversibles dans moins de 50 ans. Si l’on n’invente pas une économie plus redistributrice, les inégalités entre riches et pauvres vont exacerber les tensions et la violence.

C’est ce que nous disent les jeunes dans la rue. Leur faire peur pour qu’ils rentrent dans leur fac ou leur lycée n’est que l’expression d’une incapacité à comprendre leur message.

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