Cérémonies de commémoration de l'Armistice du 11 novembre 1918

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Saluer la mémoire de ceux qui ont péri et célébrer le courage de ceux qui ont osé dire non à la boucherie du Chemin des Dames. Ces événements marquants de notre Histoire offrent l’occasion de rappeler l’impérieuse nécessité de préserver la paix. Un voeu adopté par le Conseil de Paris devait permettre à la capitale de rendre hommage aux mutins de 1917. Mais ni le Préfet, ni le Maire de Paris n’ont souhaité qu’il soit mis en oeuvre. Aussi, après le discours que j’ai prononcé à la Mairie du 2e arrondissement en présence des anciens combattants et porte-drapeau, des élus, du public et des jeunes d’un lycée professionnel de l’arrondissement, je suis allé déposer une gerbe au pied de la statue du général Mangin (bras droit de Nivelle, qui commandait l’offensive du Chemin des Dames) avec des élus Verts du Conseil de Paris, dont Denis Baupin.

Après la cérémonie en Mairie du 2e arrondissement, je suis allé, avec des élus écologistes Parisiens (dont Denis Baupin et Véronique Dubarry), déposer une gerbe à la mémoire des Mutins de 1917 auxquels, j’avais précédemment rendu hommage.

Discours prononcé à l’occasion de la cérémonie du 11 novembre en Mairie du 2e arrondissement. Je tiens, avant tout, à vous remercier d’être fidèles au rendez-vous de la Mémoire et de vous être déplacés, en ce jour, au monument aux morts de la Mairie du 2e arrondissement, pour rendre hommage aux combattants de la Grande guerre.

Nous sommes réunis pour commémorer l’Armistice, signée le 11 novembre 1918. L’Armistice, ce retour à la paix, qui n’en n’est pas vraiment un, puisqu’il s’agit d’une simple « immobilité des armes » au sens étymologique du terme. C’est toutefois ce simple, mais solennel, « arrêt du feu » qui mit fin à 4 années d’un conflit terrible et sanglant.

Nous le savons, s’il y a des guerres, hélas, nécessaires, il n’y a pas de guerres justes.

Et il est aussi des guerres inutiles. Nous qui habitons un continent, l’Europe, balayé tout au long de son histoire par des affrontements entre les nations, nous savons qu’il est des guerres inutiles.

Des conflits qui ont avant tout pour causes l’honneur de monarques, le désir de puissance ou la volonté de domination, jonchent notre mémoire.

Nous qui savons, nous avons un devoir impérieux. Celui de travailler, plus que d’autres, et sans relâche, à construire la paix. Une paix durable qui passe par le respect des autres nations et  par la considération que l’on doit à chaque individu qui compose ces nations.

Depuis que nous avons pris conscience, comme le disait le poète Paul Valéry, que « nous sommes des civilisations mortelles », la résolution des conflits entre les pays doit se faire par le dialogue et la diplomatie.

Et nous savons que la guerre doit être envisagée comme le recours ultime quand toutes les autres issues ont échoué.

Notre devoir aujourd’hui est de travailler à éviter l’escalade vers les armes, en amont, par le rappel de la nécessité de préserver la dignité de chaque être humain, mais aussi par la connaissance des langues et des modes de vie, par l’échange des cultures et des savoirs.

Nous le savons, et il est nécessaire que nous restions vigilants. Le souvenir de ces terribles quatre années de guerre, le souvenir de ces millions d’hommes galvanisés par les discours de vengeance, conduits, souvent malgré eux, à une mort certaine pour une cause qui les dépassait, ce souvenir doit nous aider à rester vigilant face aux propos belliqueux, étroitement nationalistes ou revanchards, d’où qu’ils viennent.

Et plus le temps nous éloigne de ce premier conflit mondial – 89 ans aujourd’hui – plus apparaît évident le carnage et la cruelle saignée qu’il imprima dans les familles, dans les villages, sur les terres de France.

Il y a parfois, en effet, dans certains petits villages de nos campagnes, davantage de noms d’or gravés sur les plaques des monuments aux morts que d’habitants dans les maisons.

Cela m’a frappé dernièrement alors que je me trouvais au cœur du département de l’Indre. La liste des Morts pour la France était plus longue que la liste des noms qui figurant sur la liste électorale !

Nous pouvons prendre conscience de cela, lors de nos déplacements et que nous visitons ces villages qui portent encore les stigmates des guerres.

Nous prenons conscience de cela aussi, probablement, chacun d’entre nous, avec le temps qui nous rend plus humanistes et plus attentifs à ceux qui nous ont précédé.

C’est d’ailleurs aussi cette conscience qui nous fait mieux percevoir comment et pourquoi certains soldats se révoltèrent et refusèrent de monter au front comme, par exemple, ceux que l’on a appelé « les mutins du Chemin des Dames » en 1917.

Au printemps de cette année-là, en effet, le général Nivelle décide d’une offensive majeure pour percer le front allemand : en quelques semaines, d’avril à juin, son initiative fait près de 200 000 morts.

Et pendant ces massacres, la vie, à Paris, continue. Les commerces de luxe sont abondamment achalandés, les cafés et les cinémas sont pleins et l’on commente dans les journaux l’évolution des combats.

Les jeunes soldats, majoritairement des paysans et des ouvriers, qui contrairement aux « planqués de l’arrière », comme on les appelait, côtoient, au quotidien, la mort et les immondices au fond des tranchées, n’acceptent plus leurs conditions.

Comme un cri du cœur, nu et brut, ils entonnent la chanson de Craonne des mutins de 17 : « C’est malheureux de voir, sur les Grands boulevards/ Tous ces gros qui font la foire/ Si pour eux la vie est rose/ Pour nous c’est pas la même chose/ Au lieu de se cacher tous ces embusqués/ Feraient mieux de monter aux tranchées. »

Devant cette absurdité militaire – ce sont les historiens qui le disent – des milliers de soldats refusèrent donc de remonter au front et déposèrent les armes. Ce refus gagna d’ailleurs le front allemand.

En France, ces mutins furent traduits en cour martiale : il y eut environ 3 400 comparutions et quelque 500 condamnations à mort,  dont 300 furent exécutées. Pour l’exemple…

Aujourd’hui, dans d’autres pays, d’autres hommes et femmes se battent aussi pour la paix et refusent de participer à des conflits qui s’enlisent. Pensons à eux car il faut du courage pour se révolter et résister à la soi-disant inéluctabilité de la guerre.

Pensons aussi à Jean Jaurès, militant pacifiste, assassiné rue Montmartre, à quelques dizaines de mètres d’ici, au café du Croissant, la veille du déclenchement de ce conflit mondial.

Et en ce jour particulier, où nous célébrons la paix retrouvée, « l’immobilité des armes », rendons hommage à ces millions d’hommes qui reposent, depuis 89 ans, dans nos cimetières et dont le sacrifice reste gravé dans nos mémoires.

Je vous remercie.

0 réponse

  1. Pour compléter votre texte, il existe en France des centaines de monuments aux morts pacifistes ou d’inspirations pacifistes^trop souvent méconnus voir cachés. Quelques fois de très beaux monuments sont réalisés par des sculpteurs locaux ou reconnus par ailleurs comme Aristide Maillol, Antoine Bourdelle ou René Iché par exemple. Mais cela peut être aussi une simple plaque citant une phrase pacifiste de Jaures ou Anatole France.
    Cordialement

Twitter

Facebook

Liens amis