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Assurer l’indépendance des médias face aux pouvoirs politiques et financiers

Ma contribution au débat sur l’éthique de la presse aux Assises du journalisme.

Vols d’ordinateurs, écoutes illégales, viol du secret des correspondances… les journalistes n’ont jamais été aussi vulnérables. La loi de janvier 2010 sur la protection des sources est bafouée par l’Elysée et Matignon.

Dans le même temps, jamais depuis l’Ortf, l’audiovisuel public n’a été aussi dépendant du pouvoir politique. On sait que désormais les dirigeants de l’audiovisuel public sont nommés par le président de la République. Un président de plus en plus interventionniste, qui va jusqu’à prendre le président de France Télévisions pour un ministre et donner son avis sur le contenu des programmes. Du jamais vu ! La télévision publique devient la télévision d’Etat.

Quant aux médias privés, leur concentration entre les mains de puissants groupes financiers ou industriels inquiète. On assiste à une perte accélérée de la biodiversité informationnelle.

Comment parler d’indépendance des médias quand les grandes entreprises qui répondent aux  commandes publiques (et qui en dépendent pour vivre) sont très largement majoritaires dans le capital des chaînes audiovisuelles privées ? Pire, en France, la majorité des médias d’actualité est détenue par des marchands d’armes.

Cette concentration des groupes de presse entraîne la précarisation de la profession avec le développement de la pige voire de l’auto-entrepreunariat et la course au scoop qui fait plus appel à l’émotivité qu’au raisonnement et ravale l’information au rang de simple produit.

Dans ces conditions, comment s’étonner que les journalistes soient perçus – à tort – par l’opinion comme dépendants du pouvoir politique et des puissances financières ?

On comprends que l’élaboration d’une charte de déontologie adossée à un Conseil de presse paritaire est, en France,  une démarche nécessaire – mais pas suffisante au regard du contexte – pour regagner la confiance du public, lecteur ou spectateur. Pourtant, refonder un nouveau code d’éthique, reconnu par l’ensemble de la profession – journalistes et éditeurs – permettrait d’envoyer un signal fort à l’opinion. Et aux pouvoirs publics actuels.

C’est cette prouesse qui est en cours de réalisation. Réunis à Strasbourg dans le cadre des Assises du journalisme et de l’information le 17 novembre, tous les professionnels français des médias, responsables patronaux comme salariés journalistes, représentés par leurs organisations respectives, ont débattu de cette question sous la houlette de Jérôme Bouvier et Yves Agnès.

Un code déontologique commun à l’ensemble de la profession apporterait une réponse éthique à la crise éditoriale, politique et financière que vie la presse. Les discussions sur un texte des valeurs, des droits et devoirs, devraient se poursuivre. Mais un accord un possible à condition que chacun fasse un pas vers l’autre. Et accepte qu’un tel texte ne soit pas annexé à la convention collective, pour ne pas laisser, au final, un juge de prud’hommes arbitrer les débats sur la pratique journalistique.

Europe Ecologie-Les Verts, que je représentais, a contribué au débat de Strasbourg en formulant plusieurs propositions. J’ai d’abord précisé qu’il revient à la profession de s’auto-organiser. Et que les organisations politiques n’ont pas à se mêler du contenu d’une charte d’éthique ni de son fonctionnement. Mais elles peuvent, en revanche, présenter des suggestions et donner un cadre.

Puis, j’ai suggéré que les sociétés qui détiennent plus de 10% du capital d’un média (audiovisuel ou presse écrite) ne soient plus autorisées à répondre à la commande publique. Il est dans le même temps essentiel de renforcer l’indépendance des rédactions en rééquilibrant le pouvoir des journalistes vis-à-vis des actionnaires. Enfin, la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias, inscrits dans la Constitution, devraient être effectifs et reconnus par la loi.

Attaché à l’indépendance de la presse et à la liberté du journaliste, Europe Ecologie-Les Verts, est fier d’accompagner cette réflexion. Car une presse indépendante des pouvoirs économique et politique est une condition nécessaire à l’exercice de la démocratie.

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