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Rassemblement des écologistes : se placer dès maintenant sur la bonne orbite

Les assises constituantes du nouveau mouvement se tiennent à Lyon le 13 novembre. Réflexions et propositions du groupe EuropAlter


A ce moment de lancement d’une nouvelle force politique, l’actuel contexte social nous place devant nos responsabilités. Jamais dans la cinquième République, un gouvernement n’a tenu une telle position inflexible malgré un front syndical et politique uni contre ses projets. Jamais un gouvernement français n’a utilisé les moyens de l’État, et notamment policiers, pour défendre les intérêts des classes les plus riches. Jamais un gouvernement démocratique n’a été autant critiqué par les autres grandes démocraties et instances internationales. Une alternative à gauche et écologiste est plus que jamais nécessaire et nous sommes attendus sur notre projet, nos actions et nos solutions. Nous ne sommes pas attendus uniquement sur un casting.
Les années à venir placent le nouveau mouvement écologiste naissant devant des tâches et des analyses importantes et complexes, tant sur la volonté « révolutionnaire » de son processus politique constituant que sur sa place dans les battements accélérés du cœur des sociétés mondiales.

Le déroulé de la dernière séquence menant aux assises territoriales laisse une impression  de « coup de force » démocratique, même si les adhérents, Europe Ecologie puis Verts, (dont à peine un sur deux a voté), ont finalement adopté les statuts. L’enchantement qui préside à la naissance de ce nouveau mouvement politique ne doit pas être déçu. Chacun veut apporter sa pierre et c’est cette démarche individuelle et collective qui sera garante de l’invention et du nouveau.

Nous nous engageons dans la construction de ce qui sera, largement autant, que nos statuts, le cadre de nos fonctionnements démocratiques nouveaux, le règlement intérieur du mouvement.

« L’appel de Lyon » pour nos assises fondatrices fédérales avance certains items culturels et moraux comme « la culture du débat, du projet et des actions citoyennes, l’exemplarité des comportements de ceux qui occupent des responsabilités politiques (non cumul, transparence, refus de la professionnalisation..) »,  autant de gardes fous et d’affichage de probité pour un mouvement, des dirigeants et des élus qui annoncent « changer » la manière de faire de la politique. Il faudra bien, au-delà de la profession de foi, ne pas avancer la seule carte de la confiance mais proposer aussi, dans ce règlement intérieur, des vrais mécanismes de participation et de contrôle pour rendre effective ces belles propositions. Et poser des actes dans la réalité.

En outre, que ce soit sur la présidentialisation, les rapports exécutifs/législatifs et le rôle de chacun, la place des coopérateurs et leur pouvoir d’agir au sein du mouvement, la capacité à offrir un espace aux forces politiques, syndicales et associatives interpellées par notre démarche, la parité, la diversité et le cumul/durée des mandats et des responsabilités, le statut de l’élu, les questions financières, les conflits élus/responsables internes, la double appartenance, il est fondamental de reprendre des débats et des méthodes d’un haut niveau démocratique, d’aller vers des Conférences de Consensus Citoyenne pour entériner les accords et les mises en perspective des désaccords. Avec la volonté d’alimenter et d’enrichir des débats nécessaires.

Il nous faudra « être en ordre de marche » au Congrès de juin 2011, rassemblés et transparents, en expertisant sans cesse nos fonctionnements jusqu’à leur remise à plat lors d’un Congrès statutaire d’ici un ou deux ans. Les moyens ne justifient jamais les fins. Ainsi notre exigence d’une nouvelle constitution démocratique pour la société, ne doit pas être en contradiction avec nos pratiques et règles internes.

Pendant ce temps là, nous entrons dans une période de luttes sociales prolongées ; la référence au mai rampant italien -un mouvement politique, social et sociétal en activité permanente-, a été utilisée à plusieurs reprises ces derniers jours. Elle sonne juste. Sonne juste aussi, la montée en puissance d’une demande de « débouché » politique aux luttes, un rassemblement –un front?- populaire, à l’image de 1936, où la rue a poussé le gouvernement de Blum à une politique de rupture, qui a malheureusement buté sur un environnement international hostile, mais a laissé de belles traces dans notre droit social, tout comme le rassemblement progressiste issu de la résistance avec la mise en œuvre du  programme du Conseil National de la Résistance.

Ce qui fait nouvellement sens aujourd’hui et de manière plus appuyée, c’est que la demande est plus qu’une expression revendicative ponctuelle sur les retraites où le simple niveau de vie. Jeunes, femmes, retraités, actifs ou non, expriment, aujourd’hui à travers les luttes sur la retraite, le nucléaire, la solidarité avec les plus démunis et les étrangers, le refus des guerres du nouvel impérialisme… leur ras-le-bol d’un système économico-politique mondial, un système global d’exploitation, qu’ils jugent pervers et pernicieux pour eux-mêmes, pour leur avenir, pour leurs enfants. C’est d’une façon de vivre ensemble, de civilisation même dont il s’agit. C’est à un nouveau mode de « développement » économique, social et humain que les manifestants en France comme dans le monde, appellent.

L’Amérique du Sud se dote de gouvernements progressistes presque partout, en rupture avec les dictatures passées. Elle a remplacé l’Europe comme centre politique de la gauche, mais aussi écologiste, avec les scores élevés de Marina Silva et d’Antanas Mockus, l’initiative de la Bolivie de Cochabamba. Les mouvements émancipateurs reprennent du poil de la bête. Il est possible que nous entrions à nouveau dans une ère de progrès.

A toutes ces questions -*nouveau contrat social, *réchauffement climatique, effet de  serre et nucléaire civil et militaire, *biodiversité et ressources justement partagées, *biens communs et économie coopérative, solidaire, anticapitaliste, *anti-autoritarisme social et droits des étrangers et des migrants, *une société sans discrimination sociale et de genre valorisant l’émancipation et l’autonomie individuelle non-marchande, *le fédéralisme à tous les niveaux institutionnels et une diplomatie en accord avec les valeurs que nous proposons, *la question Européenne comme espace minimal pertinent de nos actions et réflexions-, il va falloir travailler à apporter des réponses en lien avec le mouvement social, sociétal, en débat dans nos agoras : qu’est ce qui nous rassemble, comment voulons nous partager et avec qui, comment et avec qui faire progresser ces idées et au prix de quelles stratégies, dans quelle temporalité, comment élaborer ensemble un nouveau projet de civilisation internationaliste juste et pérenne ?

Une stratégie de transformation sociale et écologique des sociétés ne peut avoir de solution libérale. Le « troisième temps » de la gauche écologique vient après le temps des révolutions démocratiques inachevées et le temps des révolutions sociales trop souvent déçues. Le troisième temps de l’écologie politique a pour ambition de revisiter ces exigences démocratiques et d’égalité sociale avec la prise de conscience de la finitude de la planète, des risques mais aussi des opportunités que cela crée pour l’humanité. Le troisième temps de l’écologie politique que nous voulons faire exister ici et maintenant, mérite de bien évaluer la hauteur des enjeux, des responsabilités et des demandes.

Il nécessite, tant dans l’analyse que dans les propositions une vision soutenue par « la radicalité, dans le respect des valeurs démocratiques, » comme le souligne « l’appel de Lyon ».

Il ne faut pas rater la marche et être prêt, pas seulement pour les processus électoraux, à entendre, à aider à faire émerger partout en Europe et dans le monde une nouvelle exigence humaine pour un nouveau projet de civilisation altermondialiste, une nouvelle manière de voir le monde, de l’envisager.

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