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L’écologie par le bas

Contribution au débat sur le rassemblement des écologistes.

L’image lisse et apaisée qu’ont donné les écologistes lors de leurs journées d’été à Nantes (image adaptée à la demande médiatique), ne doit pas nous abuser. Frustration, colère, déception, incompréhension, sentiment d’être laissés pour compte… beaucoup de militants se sentent dépossédés de leur organisation et des discussions sur son avenir. On n’écoute plus la base ! La parole est confisquée par ceux qui ont accès aux médias : la plupart des eurodéputés et quelques membres de la direction actuelle des Verts.

Le processus de fusion est en cours mais on n’y comprend pas grand chose. Il faut être un permanent de la politique (élu ou salarié d’élu) pour s’imposer dans les débats… Et une première chose apparaît clairement : se dessine peu à peu les traits d’une organisation taillée sur mesure pour les permanents politique : on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! De rares militants acharnés s’y retrouvent et parviennent à siéger dans la myriade de structures destinées, ici à accoucher de la nouvelle organisation, là à élaborer son projet, ou simplement à faire travailler ensemble Les Verts et Europe écologie. BE, Conseil politique, CAP, comité des 21, groupe 4-21, groupe 4, groupe de synthèse… une nébuleuse absconse sensée produire du sens. Mais lequel ? Et pour quoi ?

Si l’on n’y prend garde, on risque d’assister à une confiscation du nouvel appareil politique par une petite coterie de responsables autoproclamés. La désignation à l’applaudimètre d’Eva Joly comme future candidate de l’écologie politique à la présidentielle est symptomatique de cette dérive. La personnalité de l’ancienne juge, son intégrité, ses combats en font une personne éminemment respectable et profondément humaine que personnellement j’apprécie. Là n’est pas la question. C’est son mode de désignation qui perturbe. Choisi en petit comité, son nom est jeté aux médias, avant tout débat au sein de l’organisation. Traumatisé par des années de réputation de querelleurs, les militants, s’ils veulent sauvegarder les gains d’image issus de la période, n’ont guère le choix que d’applaudir. Heureusement l’intéressée s’est empressée de dire qu’elle ne serait candidate qu’à l’issue d’une primaire ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans l’écologie politique.

Tout n’est pas perdu. Mais il y a urgence à ce que la base militante entre vraiment dans le débat et réponde à cette question : quel parti/organisation veut-on ? Personne ne s’oppose à la création d’un mouvement écologiste unifié. Mais les règles de fonctionnement de la future organisation ne doivent pas être décidées par un petite oligarchie que les militants n’ont pas choisie.

Il est donc plus que jamais essentiel de s’investir dans le débat durant la période qui va précéder le grand raout de Lyon du 13 novembre où une « assemblée constituante » devra accoucher de la nouvelle organisation. Car les chausse-trappes sont nombreuses.

Première d’entre-elles :  il est envisagé que tous les adhérents verts ne puissent décider du futur de l’organisation. Seuls ceux qui ont cliqué sur le site Europe écologie auraient droit de vote. Inadmissible. Lorsqu’on sait qu’il faut un vote favorable à 66% pour changer les statuts du parti Vert, on comprend cette réticence initiale des dirigeants autoproclamés actuels. La participation de tous les Verts, est le premier combat à mener, notamment parce qu’il permet un rapport de force plus favorable à une réelle démocratie de la future organisation, tant en termes de fonctionnement qu’en termes de choix d’orientation.

L’interdiction de cumuler des fonctions de direction interne et de parlementaire est un autre combat à mener. A défaut, le pouvoir risque de se concentrer entre quelques mains. Une direction inamovible serait alors en place, cumulant, outre un accès facile aux médias, un pouvoir de décision sur l’organisation. Une nomenklatura serait définitivement installée à la tête de l’organisation.

La parité femme/homme doit aussi être rappelée comme l’un des principes fondamentaux de notre fonctionnement. Le féminisme est une composante essentielle de l’écologie politique. Ses valeurs émancipatrices concernent les hommes autant que les femmes. Il est porteur d’un projet de société radicalement nouveau.

Au-delà du féminisme, il est nécessaire, dans le même temps, d’élaborer le contenu. A mon sens, la réflexion sur le projet doit associer, largement, tous ceux qui se reconnaissent dans l’écologie politique – associations, syndicats, mouvements – et pensent que la crise globale que nous vivons (crises économique, environnementale, des valeurs…) est directement issue de la limite atteinte par notre mode de développement.

Nous devons poser les bases d’un contre-projet au capitalisme mondialisé et à son corollaire, la croissance économique sans fin. Nous devons inventer une société où les biens communs comme l’eau, la santé, l’éducation, les services publics en général échappent au secteur marchand. Et construire un système permettant l’émergence d’une économie centrée sur une production répondant aux besoins fondamentaux, mue par une autre dynamique que le profit et orientée vers la décroissance de notre empreinte écologique. Une société qui implique de poser la question des limites et notamment celles de l’enrichissement personnel, en faveur de l’égalité.

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21 commentaires

  1. Hicham Fassi-Fihri

    Pour les votes des verts qui ne peuvent participer que s’ils ont cliqué sur le site d’EE, j’ai bien essayé, mais on m’a demandé un numéro d’adhésion que j’attends encore… Dysfonctionnement j’espère (et non pas sabotage.. lol)
    En tout cas, merci Jacques de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas..

  2. comme d’habitude, comme toujours et comme c’est désolant, pas UN mot sur le saccage auquel les écossytèmes de ce pays sont soumis par le type d’aménagement routier, commercial et autre! (iter, ikea etc..etc..) on est loin du jardin planétaire de Gilles Clément! mais çà ne gène personne concrétement ce sujet n’est jamis soulevé comme un sujet à part entière mais plutot comme une sous péripétie du fonctionnement du capitalisme.

  3. J’ai ressenti la même chose à Nantes et même depuis le début de processus. Mis à part cliquer sur internet et applaudir les belles paroles des chefs nous avons du mal à nous exprimer, à nous faire entendre. Merci de dire tout haut et fort ce que bcp pensent tout bas. Crt. H

  4. Je n’étais pas à Nantes, mais je subodore tout ce que tu dis là depuis un bail.
    Et ici, en Pays Basque, je ne te raconte pas la dérive vers la droite affairiste!

  5. François MAILLARD

    Bravo Jacques
    comme tu le sais j’ai boycotté les JDE pour évter d’y rencontrer DCB
    ‘Pour les non initié(e)s
    JDE= Journées D’Eté du rassemblement des Ecologistes à Nantes
    DCB = Daniel COHN BENDIT qui avait dans un premier temps annoncé qu »il hésitait d’aller à Nantes car il avait peur de ne pas y etre écouté et entendu! certain(e)s l’ont hué!)
    et tu sais que je partage tes craintes
    Depuis les JDE.. tua écris au préfet pour lui dire que tu ne veux pas recevoir dans l’arrondissement dans lequel tu à été élu MAIRE le II ème arrondissement
    et tu as aussi regretté la proposition de l’UMP dans l’affaire dite des « Emplois fictifs! »
    et maintenant cette prise de position! Merci d’honorer ainsi ta profession d élu
    A bientôt
    François ni élu ni collaborateur d’élu!

  6. Salut,
    On ne se connait peut être pas directement, mais je suis un ancien militant des Verts et fondateur des Verts de Guadeloupe. Visite mon blog pour voir un peu ce nous avons fait et dit ces dernières années. Nous préparons une motion pour ne pas nous laisser engloutir par la nébuleuse en cours de gestation. Nous entendons affirmer notre identité caraïbe. Bientôt je publierai sur notre blog une motion qui sera adoptée lors de notre prochaine AG, dan le même esprit que ce que tu as écrit ci-dessus. En tout cas, merci d’avoir dit ce que d’aucuns pensent tout bas et qui, de toute façon ne serait pas entendu pas les stars qui ont confisqué l’appareil des Verts. Cordialement

  7. Absolument d’accord, Jacques! Avant d’accepter la fusion, des réponses à ces questions essentielles doivent être apportées.

  8. Bonsoir,
    Tout mon soutien. Je me reconnais pleinement dans ce que tu as écris.
    Laurent

  9. Je partage complètement ton analyse.Nous devons nous mobiliser pour qu’il y ai vraiment de la démocratie dans la constuction d’europe écologie.

  10. Merci Jacques de beau papier… à la fois prudent, engagé et synthétique.
    Moi aussi, je n’arrive pas à m’inscrire sur Europe Ecologie : mon mot de passe « Vert » ne marche pas. Et toujours aucune réponse du siège… Il va falloir payer… C’est en fait la gratuité de l’adhésion des Verts qui est en question… Nous sommes la vache à lait du mouvement. Pour ma part, je me sens de plus en plus éloigné de ce mouvement qui finit par ne plus ressembler du tout aux valeurs qui m’ont fait rejoindre les Verts. Pourquoi pas un élargissement, mais plus et essentiellement sur un programme, sur une charte, sur des objectifs. Sur du texte, quoi. Définitivement pas sur un casting où la sympathie se veut valeur électorale.

  11. Qu’est-ce que j’ai retenue des propos écolos ?
    Du romano, du tango, en passant par la flûte enchantée de l’accent Norvégien ?
    C’est Flo qui a ouvert et fermé les vannes : avec trois maîtres mots à son répertoire : Rassembler… Rassembler… et Rassembler.
    Pas besoin de voir le vin de champagne couler à flots, il suffit d’écouter Eva Joly… qui a je ne sais quoi d’Angelina… renchérir avec trois verbes attachés avec un fer à souder :
    Partir, revenir et rester…
    Surtout si vous n’oubliez pas de sauvegarder votre accent, qu’il soit aigu, grave ou perplexe.
    Il vous suffira de le décliner sur le sol français pour avoir droit à une pièce d’identité.
    Eva sera probablement à la tête de ce parti qui favorise toutes les partitions… sans exception !
    Ce n’est plus de la politique mais de la musique avant toutes choses… (chabadabada…)
    On va enfin pouvoir s’entendre… puisqu’on n’a plus besoin de se comprendre…
    One two three… viva la Joly ! One two three… viva la Joly !

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20des%20Ecolos

  12. Pour avoir dit ce que tu viens de dire, j’ai été qualifié d’anti-vert, de cinglé, de looser… J’en passe et de biens pires.

    Je ne partage pas ton point de vue quant au nombre de personnes qui expriment ce point de vue. Ils sont extrêmement minoritaires pour le moment !

    Merci pour ce texte.

  13. Merci Jacques d’avoir clairement énoncé ce que nous sommes nombreux à constater et à déplorer sur le réseau Europe Écologie au sein des groupes, dans nos blogs et jusque dans Facebook. Nous ne nous tairons pas! Nous sommes prêts à nous regrouper et à manifester notre désaccord avec les pratiques éhontées de ceux qui se sont auto-proclamés faisant fi de la démocratie qu’ils prétendent défendre. Pour s’en convaincre voir sur les liens ci-dessous ce qui n’est que le début d’un combat que nous mènerons « jusqu’à la victoire » pour une politique autrement et une écologie de l’esprit.

    http://lemondequenousvoulons.europe-ecologie.net/2010/08/10/lettre-ouverte-pour-une-vraie-democratie-au-sein-d’europe-ecologie/

    http://lemondequenousvoulons.europe-ecologie.net/

    Appel de Quéniquern, les adhérents directs d’Europe Ecologie veulent être entendus

    http://fabriquedulendemain.europe-ecologie.net/2010/09/01/hello-world/trackback/

    http://kolova.europe-ecologie.net/?p=312

  14. Et le nom?
    Doit-on perdre le nom « Les Verts » ?
    Nom commun à de nombreux pays dans le monde? « Penser global, ….? »

    Europe Ecologie ? la France prétend représenter l’Europe ?
    est ce l’avenir, se tourner vers le VIEUX continent?????

    Je pense que changer de nom ne va pas nous faire avancer !

  15. Totalement d’accord, europe écologie ressemble à l’Europe. Beau projet. Anti démocratique.

  16. merci, merci, merci de constater, une fois de plus, que la tendance d’hégémonie existe aussi chez les verts, je l’ai vécu de très près avec un « tribunal populaire »(en 1994) qui me laisse un gout amer dans la bouche.
    L’une des raison qui me pousse à l’anarchie !!
    Je partage sur facebook !!

  17. Ce que sera l’écologie en politique va dépendre dans les semaines qui viennent de notre capacité à transformer la barrière de tri entre base démocratique et sommet oligarchique en outil de recyclage. Saurons-nous découpler les fonctions et les personnes ? Dans le système électoral et médiatique ambiant il est impossible d’exister sans jouer le jeu, probablement. Le parti, outil du mouvement pour les élections, doit être dans le moule, OK. Mais il doit être instrumentalisé par le mouvement, ce n’est qu’un outil. Il faut donc concentrer nos efforts sur la mise en place de la réversibilité, de la fluidité, de l’impermanence des mandats par le contrôle d’en bas. Pas de cumuls, pas de rentes, pas de cour. Nos élus sont des acteurs sur la scène politique. Ils tiennent un rôle, ils ont une fonction. Ils peuvent être remplacés, ils ne sont pas les auteurs de la pièce. Ils peuvent aussi être gardés lorsqu’ils sont bons, c’est à dire lorsqu’ils servent bien l’oeuvre. Mais de toute manière, le spectacle n’est qu’un agrément ou désagrément de la vie, pas la vie. La vie porte le spectacle, elle le suscite, s’en réjouit ou s’en indigne. Elle ne dépend pas de lui. Cependant il y a le Pouvoir. Celui du politique sur le vivant, forme spectaculaire de celui du fort sur le faible. L’acteur principal est le valet. Il n’a pas le pouvoir mais il voit les puissants comme des marionnettes qui ne peuvent sortir de leurs rôles et il essaie d’en tirer quelques ficelles. Notre rôle doit-il, peut-il être de jouer avec les règles du pouvoir ? Le pouvoir est hors du champ de la politique mise en scène. Il n’est détenu par les puissants oligarques que parce que le puissant peuple ne l’exerce pas. Serons-nous capables de dépasser le filtre électoral qui désigne ceux qui vont rejouer la pièce ? Les choix que nous avons à faire ne sont pas entre verts et autres. J’ai assisté à Nantes aux jérémiades et aux confiscations de parole au nom des risques de dérive … Mais j’ai vu aussi l’envie de construire autre chose, un parti capable de s’autotransformer, retrouvant ses fondements, craignant à juste raison de se faire avoir mais capable d’avancer. Pourvu que nous ne retournions pas en arrière. J’ai confiance. Je crois que nous pouvons construire, de la base au sommet avec les mêmes matériaux. Bon, tout ça n’est peut-être pas facile à dire clairement mais il y a de l’invention dans l’air.
    François Lotteau. Porte-parole EE Saône-et-Loire.

  18. Pour moi aussi, l’accès au réseau social dysfonctionne. Je ne peux pas participer aux débats. Quelqu’un du national, m’a dit qu’il allait arranger ça, il y a 3 mois. Depuis, rien !
    Et pourtant, je ne suis pas Vert, j’ai simplement adhéré à Europe Ecologie.J’ai peur que la connexion soit rendue possible quand tout sera décidé.

  19. Deux semaines après votre billet (que j’ai publié sur le réseau EÉ:
    http://lemondequenousvoulons.europe-ecologie.net/2010/09/01/l’ecologie-par-le-bas/
    les media publient les communiqués rédigés par le BE, le CAP, les dirigeants Verts auto proclamés, la FP , le Figaro choisi par Cécile Duflot pour annoncer « INFO LE FIGARO – Le Conseil national du parti écologiste doit entériner ce week-end son processus de «transformation» prévu en novembre. Les noms les plus avancés pour ce nouveau parti sont le Rassemblement écologiste (RE), le Rassemblement des écologistes (RDE) ou plus court : Les Écolos…. L’exécutif devrait être confié à Cécile Duflot, tandis que l’ancien porte-parole de la Fondation Hulot, l’eurodéputé Jean-Paul Besset, devrait se voir offrir la présidence d’un conseil de surveillance. Son collègue au Parlement de Strasbourg, l’ancien patron de Greenpeace France Yannick Jadot, devrait décrocher le porte-parolat… »
    Jacques Boutault, amis Euros-Écologistes, allons-nous accepter cela sans mettre un coup de pied dans cette fourmillière d’ambitieux éhontés?
    Allons-nous les laisser confisquer notre mouvement et réduire à néant nos espoirs d’une Politique Autrement?
    Un rassemblement de tous les écolos qui n’acceptent pas ce mépris de la démocratie s’impose en URGENCE.
    Jacques, serez-vous l’un de ceux qui y prêtera la main?