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La République dévoyée

L’affaire Woerth-Bettencourt est le feuilleton de l’été. La réforme des retraites sera le débat de la rentrée. Que le ministre chargé de renier nos conquêtes sociales soit aussi au cœur de l’un des plus faramineux scandales de la 5e République, n’est pas un hasard. Cela montre bien au service de qui sont les membres du gouvernement et explique le peu d’estime dans lequel ils tiennent l’idéal égalitaire républicain.

Ça y est, elles sont là. Je les touche du doigt. Mes vacances.Tant attendues ! En suivant le débat sur la réduction de nos droits en matière retraite, je prends conscience de la chance qui est la mienne. Trois semaines de congés payés. Non seulement, je ne travaille pas mais en plus mon employeur est tenu de me verser une rémunération comme si j’étais au boulot ! Quel luxe ! Une invention vieille de 75 ans mais que certains, au nom de la nécessaire compétitivité internationale, rêvent secrètement de remettre en cause. Après tout, les états-uniens n’ont bien que trois semaines de congés par an…

Au moment où nos droits de partir après 40 ans de turbin et à l’âge respectable de la soixantaine sont battus en brèche, on comprend mieux le rapport de force qui s’est instauré en 1936 pour acquérir le droit de partir en vacances. J’ai hélas le sentiment que si la digue de l’âge de départ en retraite saute, les autres conquêtes sociales sont en danger. Je vais donc reprendre des forces pour mener le combat. Et dès le 7 septembre, je serai dans la rue. Ce jour là, se rassembleront toutes celles et tous ceux qui considèrent cette réforme des retraites injuste et inefficace et exonérant les grandes fortunes et les profits de l’effort nécessaire.

Ces vacances vont me couper de l’actualité française et notamment de l’affaire Woerth-Bettencourt qui chaque jour apporte son lot de révélations, mettant en valeur la collusion entre le pouvoir et les puissances de l’argent. L’homme du Fouquet’s et son bouclier fiscal ne nous avait pourtant pas pris au dépourvu. Pour lui, l’enrichissement personnel et la capacité à faire preuve de plus de débrouille que son voisin est une qualité humaine à valoriser. Le plus malin a raison, le plus riche domine.

Dans les affaires en cours, c’est dans cette philosophie que ministres, députés, et même le président de la République puisent leur argumentaire de défense. Aucune loi n’interdit de recevoir des dons. Les micro-partis ne sont pas illégaux. On peut être trésorier d’un parti politique et ministre du budget, conformément à la Constitution… etc. La morale, l’éthique c’est un truc pour doux rêveurs utopiques.

Et cela donne pêle-mêle, une ancienne ministre madame Boutin payée 9 500 euros par mois (qui s’ajoutent à ses autres indemnités d’élue) pour rédiger un rapport sur les « conséquences sociales de la mondialisation ». Un ministre de l’emploi chargé de la lutte contre le chômage qui met à profit l’un de ses déplacements ministériels à Londres pour quémander de l’argent aux responsables de fonds spéculatifs – les hedges fonds- responsables de la crise financière de fin 2008, pour son micro-parti Nouvel Oxygène. Un ministre qui fume pour 12 000 euros de cigares sur le compte des contribuables. Un président de la République qui avait son parti de poche, relève le JDD, alimenté en espèces par Liliane Bettencourt, (à moins que ce ne soit pour s’acheter une bague !). Un ministre du budget fait embaucher sa femme dans la société de gestion de la fortune de l’héritière de l’Oréal mais ignore tout de ses placements dans les paradis fiscaux… J’arrête-là cette sordide énumération. La liste est bien plus longue, vous la connaissez, et s’allonge chaque jour d’avantage.

Cette affaire révèle la collusion étroite du pouvoir avec les puissances de l’argent. Elle déshonore la République qui pourtant nous avait été annoncée comme devant être « exemplaire ».

L’affaire Woerth-Bettencourt permet de mieux comprendre la philosophie de la réforme des retraites. Elle montre bien de quel côté se situent les représentants de la nation en exercice. Les faibles, les petits gens – ceux dont on achète le temps de cerveau disponible par la main mise sur les grands médias – devront s’adapter, travailler plus, plus longtemps. C’est indispensable pour que la machine à profits puisse continuer de gratifier ceux qui ont « réussi ». L’intérêt général est devenu l’intérêt des nantis et de leurs amis (riches) dont il faut maintenir les privilèges. Une certaine idée de la république prend l’eau. Mais c’est aussi la démocratie qui est bafouée par ceux qui désormais gouvernent par le mensonge et la désinformation.

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