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Plan alimentation durable : Paris veut réduire sa dette écologique

Du champ à l’assiette ou de la fourche à la fourchette. Les expressions ne manquent pas qui nous rappellent nos liens indélébiles avec la nature, la campagne et le travail des paysans qui produisent la matière première qui constitue notre nourriture.

Pourtant si l’homme n’est au fond rien d’autre que ce qu’il mange, les citoyens des villes que nous somment oublient le plus souvent, ou préfèrent oublier, ce lien fondamental qui les relient au vivant.

Il était temps que Paris se dote d’une stratégie pour une alimentation durable. Alors qu’un comité de 500 experts internationaux nous alerte, disant « si nous ne faisons rien dans 15 ans il sera trop tard », notre agriculture continue à utiliser des néonicotinoïdes qui ravagent les populations d’abeilles et que le gouvernement est incapable d’interdire, cédant sans cesse à la FNSEA le lobby des agriculteurs productivistes.

Le printemps silencieux. La situation est pourtant alarmante. 70% des eaux de rivières et des nappes phréatiques sont polluées par les intrants chimiques de l’agriculture conventionnelle ou dite « raisonnée ». Le mode de production de notre alimentation, dopée aux nitrates et pesticides a détruit 80% des insectes, pourtant essentiels à la chaine de la biodiversité. Les populations d’oiseaux sont en chute libre : alouettes, tourterelles, perdrix, merles, mésanges, chardonnettes… disparaissent des campagnes. Leur nombre s’est réduit de plus d’un tiers depuis 2005. Nous sommes presque au printemps silencieux (sans le chant des oiseaux) prophétisé par l’écologiste américaine Rachel Carlson qui se battait dans les années 70 contre le DTT, l’insecticide de l’époque finalement interdit dans les années 80 et dont on trouve encore aujourd’hui des traces dans la nature.

Intrants chimiques et taux de cancers croissent ensemble. Interdit, le DTT a toutefois été vite remplacé par le glyphosate de Monsanto-Bayer. Mais si l’on a changé la molécule, force est de constater que l’on n’a pas changé de méthode.

L’agriculture doit être toujours plus rentable, productive et compétitive. Il lui faut gagner des marchés à l’export. C’est comme si nourrir les gens à proximité lui semblait un objectif secondaire.

Et tant pis pour la qualité sanitaire de l’alimentation qui nous est proposée et tant pis pour notre santé. Le taux de prévalence des cancers dans la population est depuis l’après guerre parallèle au taux de croissance des intrants chimiques dans l’agriculture. Le lien est difficile à établir mais de moins de moins de scientifiques en doutent.

Favoriser l’agriculture bio et de proximité. Et tant pis aussi pour la biodiversité qui s’effondre. Nous sommes à l’aube de la 6e extinctions des espèces. Et cette fois c’est l’être humain et principalement le mode de production de son alimentation qui en est responsable.

Face à cette situation globale particulièrement dégradée, nous devons agir là ou nous sommes, localement. Et tout faire pour promouvoir une autre façon de s’alimenter. Comme le propose le plan Alimentation durable nous devons susciter une nouvelle offre en amont, en modifiant notre demande. Particulièrement nous devons manger bio pour favoriser une agriculture basée sur les principes de la production sans engrais, pesticides ou fongicides chimiques. Et favoriser une agriculture de proximité.

A ce titre, rappelons que le bio c’est notre contribution, à nous citoyens des villes, au bien être des campagnes. Et en plus, c’est meilleur pour notre santé.

EuropaCity une projet écocide aux portes de Paris. C’est pour cette raison d’ailleurs que les écologistes alerteront encore sur la catastrophe annoncée d’EuropaCity, ce centre commercial et de loisirs géant que Auchan et le groupe chinois Wanda veulent ériger au triangle de Gonesse qui est pourtant l’une des dernières zones humides agricoles à proximité de Paris.

Le plan Alimentation durable qui nous est proposé d’adopter à l’échelle du territoire parisien sera mis en cohérence avec les orientations du futur plan, conçu à l’échelle de la Métropole du grand Paris. Il est donc important que notre collectivité se prononce contre ce grand projet inutile et écocide et qu’elle étudie avec attention le projet Carma qui propose un autre modèle agricole pour nourrir les franciliens.

Des objectifs ambitieux mais réalistes et indispensables. Le plan parisien d’Alimentation durable nous invite à lutter contre le mitage et l’érosion des terres agricoles soumises à la pression foncière, à travailler directement avec les producteurs et se fixe des objectifs ambitieux mais réalistes et indispensables que les écologistes appellent de leur vœux depuis de longues années. Il s’agit d’ici 2030 de diminuer de 40% le bilan carbone de notre territoire, de faire évoluer le régime alimentaire vers moins ou pas de viande, de faire disparaître la précarité alimentaire, de diviser par deux le taux d’obésité à Paris pour le réduire de 10 à 5%, de généraliser la part des transports électriques, doux et fluviaux pour notre approvisionnement alimentaire et enfin de soutenir le développement de l’agriculture biologique afin d’atteindre 20% de surfaces agricoles bio en Ile-de-France, contre 2,7% aujourd’hui.

Ces objectifs font l’objet d’une stratégie en 40 actions très transversales. Elles mobilisent l’offre commerciale sous forme de partenariat avec des enseignes de distribution, l’Action sociale, en promouvant une carte fruits et légumes pour les personnes qui n’ont pas accès à des produits brutes de qualité, le soutien aux producteurs d’Ile-de-France (à ce titre je rappelle que Paris est propriétaire de terres agricoles à proximité du triangle de Gonesse et qu’elle doit encourager les fermiers qui travaillent sur ses terres à la transition vers le bio). L’atteinte des objectifs du Plan alimentation durable mobilise aussi les caisses des écoles, les crèches, les résidences services pour personnes retraitées, avec la volonté de ne servir à terme que des aliments bios aux jeunes et moins jeunes convives. L’enjeu est enfin, aussi, de lutter contre le gaspillage alimentaire et de mieux valoriser les déchets ce qui passe notamment par une généralisation rapide de la collecte des déchets alimentaires à l’échelle de Paris actuellement expérimentée dans le 2e et le 12e arrondissement.

Toutes les Directions de la ville sont concernées. On le voit, un travail entre les différentes Directions de la ville de Paris et avec des partenaires privés extérieurs est indispensable pour parvenir à atteindre l’objectif nouveau système alimentaire durable inclusif et résilient.

Nous devons toutes et tous être mobilisé.e.s vers cet objectif essentiel. Et je ne doute pas que dans une phase ultérieure, ce plan soit doté de moyens conséquents et d’une direction administrative au service de ses objectifs. Un adjoint en responsabilité de l’alimentation permettrait, dans une mandature future, d’assurer la nécessaire coordination entre les directions de la ville, outil indispensable à la réussite à de ce plan tout simplement vital pour les générations futures.

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