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Pourquoi les écologistes ne quittent pas les exécutifs locaux ?

europe-ecologie-verts_0-1Vous êtes en situation de gestion commune avec les socialistes dans les municipalités et les régions, pourquoi pas au gouvernement ? Cette question, souvent entendue, est tout à fait légitime et mérite explications.

Pour François de Rugy et Jean-Vincent Placé l’explication est simple : ils ont claqué la porte parce qu’EELV serait sur une « dérive gauchiste ». La participation des écologistes aux responsabilités aux cotés du PS ne saurait donc durer.

La réalité c’est que pour les écologistes, le maintien des coalitions au sein des exécutifs dépend tout simplement des politiques menées et du respect des engagements pris auprès des électeurs.

Verre à moité vide. En ce qui concerne le gouvernement, ce ne sont pas les Verts qui ont changé de ligne politique, ce sont les socialistes qui ont varié. Comme le démontrent Eva Sas, députée et David Cormand numéro 2 du mouvement dans une tribune récente, l’accord signé en 2011 entre le Parti socialiste et EELV est devenu un chiffon de papier. Aux oubliettes l’ambition de réorienter l’Europe, de réglementer la finance, d’opérer réellement une transition énergétique (la loi ne prévoit pas de financement) et de réformer les institutions !

Ensemble, avec le PS et le PCF nous avons présenté aux Français-e-s un projet pour battre la droite et offrir une alternative à la politique « libérale » qui détruit l’environnement et nous enfonce dans la crise sociale. Et force est de constater que le verre est à moitié vide.

Bien sur, il y a eu le mariage pour tous et l’encadrement des loyers ce dont nous nous réjouissons. Mais il y a eu aussi le crédit impôt compétitivité (sans contre partie ni succès dans la lutte contre le chômage), l’abandon de la taxe poids lourds, le démantèlement progressif du droit du travail et une politique de poursuite de l’austérité alors que les entreprises du CAC 40 ont rarement engrangé autant de dividendes.

 

Situation différente à Paris. Nous sommes convaincus que ces renoncements (qui sont de véritables renoncements aux valeurs de gauche et de l’écologie) favorisent l’attraction pour l’extrême droite et détournent des urnes les électeurs de gauche.

En revanche, la situation est radicalement différente à Paris où les écologistes font partie de l’exécutif. Le FN y est quasiment inexistant. Le contrat de mandature est respecté. Bien sur, nous avons des divergences importantes sur l’urbanisme en particulier : la tour Triangle, la densification, la petite ceinture, Roland Garros… auxquels s’ajoute la vidéo surveillance. Mais ces désaccords (comme pour Notre-Dame-des-Landes au niveau national) sont actés dans le contrat que nous avons passé en début de mandat.

Pour le reste, nous mettons en œuvre une politique environnementale (plan alimentation durable, plan vélo, lutte contre la pollution, recyclage et économie circulaire, budget participatif…) et sociale (aides aux plus démunis, handicap…) conforme aux engagements que nous avons pris devant les Parisiennes et Parisiens. Pas assez vite à mon goût, avec des compromis parfois pas utiles et de nouvelles idées non débattues avant la signature du contrat de mandature et que nous combattons (comme les jeux Olympiques), mais il n’y a pas de renoncement.

 

Ambitions personnelles. Dès lors, pas grand monde n’est dupe. Cette sortie d’un député et d’un sénateur, ce « parlementairexit » est une façon de sacrifier l’écologie politique sur l’autel des ambitions personnelles. Pourquoi sinon cette petite phrase « bonus » lâchée par le sénateur Placé : « Je suis un soutien fidèle du président », si ce n’est pour éclairer sur le sens profond de sa démarche au cas où elle n’aurait pas été comprise dans toutes ses dimensions ?

Quant au second argument invoqué par le député de Rugy pour justifier son départ, il est infondé – « dérive gauchiste » donc, mais aussi : « le débat au sein d’EELV est verrouillé ». Pourtant que se soit à la tribune du Conseil fédéral ou sur les listes de discussions internes, François de Rugy a fréquemment eu l’occasion d’argumenter son point de vue. Il n’a pas su convaincre, ce qui est une autre chose.

Au sein d’EELV la représentation des sensibilités minoritaires est un fait statutaire. Elle n’est pas toujours respectée comme elle devrait l’être mais elle existe bel et bien (je suis bien placé (sic) pour le savoir).

 

Une clarification. Au fond, si elles sont regrettables ces défections ne sont pas un drame. Elles seront suivies de quelques autres mais ne créeront pas d’hémorragie. Le Conseil fédéral d’EELV a adopté, depuis deux ans, à plus de 70%, plusieurs motions prenant leurs distances avec la politique du gouvernement et demandant une clarification de la posture de notre parti.

Avec le départ de quelques Parlementaires médiatiques, cette clarification est en marche. A Paris, comme dans de nombreux autres exécutifs auxquels nous participons, c’est bien clairement une politique de gauche et écologique qui est menée. Et ce, malgré les difficultés liées au contexte national (baisse des dotations aux collectivités territoriales).

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