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8 mai 1945 : mon hommage aux résitants à la barbarie

Résistants à mains nues, sans papiers, soldats du grand jour ou clandestins de la nuit, fabricants de faux documents, porteurs de messages, dynamiteurs de rails, Justes parmi les nations, peuples des camps disparus ou revenus, derniers témoins, héros connus ou inconnus, combattants de la tolérance, c’est à vous que nous devons la liberté du 8 mai 1945.

J’ai souhaité vous rendre hommage dans mon discours de commémoration des 65 ans de la victoire contre la barbarie nazie. Mais j’ai souhaité aussi que l’on se souvienne d’un « autre » 8 mai 1945. A Sétif, en Algérie, jour de massacre pour les algériens venus manifester leur soutien aux alliés et qui arboraient le futur drapeau de l’Algérie indépendante.

Comme je souhaite que l’on se souvienne de tous ceux Juifs, tsiganes, homosexuels, handicapés, communistes, croyants, militants, résistants de tous bords, opposants en un mot à ce régime basé sur l’idée démente d’une « pureté raciale », qui furent impitoyablement  broyés et éliminés parce que, simplement, accusés d’être différents.

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Madame la députée,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les anciens combattants et porte-drapeaux,

Mesdames et Messieurs les représentants de la Gendarmerie nationale, de la Police nationale, des Sapeurs-pompiers et de la Protection civile,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis pour commémorer le 8 mai 1945, jour de la capitulation du régime nazi devant les forces alliées de la Seconde guerre mondiale, au quartier général d’Eisenhower, à Reims.

Il y a 65 ans aujourd’hui, la folie meurtrière qui avait envahie l’Europe et le monde s’est arrêtée grâce à la coalition des pays alliés.

Dans quelques instants, nous allons déposer une gerbe sur ce monument aux morts et observer une minute de silence pour tous ceux qui ont péri, durant ces cinq années de guerre atroce.

Je souhaite aussi, en ce moment même où nous allons commémorer une reddition sans condition, que nous nous souvenions d’un certain 8 mai 1945 à Sétif, en Algérie, qui ne fut pas un jour de paix mais un jour de massacre pour les algériens venus manifester leur soutien aux alliés et qui arboraient le futur drapeau de l’Algérie indépendante. Ce jour-là, ce drapeau-là ne fut pas toléré.

L’occasion, à nouveau, nous est donc donnée de nous souvenir que ce conflit armé de 1939-1945, d’une rare violence, fit quelques 50 millions de victimes.

Arrestations, rafles, spoliations, tortures, déportations, exterminations – crime contre l’humanité : ce sont les mots armés de cette guerre mondiale qui s’attaqua aux femmes, aux enfants, aux hommes, accusés de n’être pas dans la norme d’une identité nationale aryenne.

Juifs, tsiganes, homosexuels, handicapés, communistes, croyants, militants, résistants de tous bords, opposants en un mot à ce régime basé sur l’idée démente d’une fictive « pureté raciale », furent impitoyablement  broyés et éliminés parce qu’ils étaient accusés d’être différents.

Nous devons rendre hommage à ces morts comme aux acteurs résistants encore vivants de ce conflit.

Tous ont participé à ce combat, tous ont contribué à chasser l’armée d’occupation de notre pays et à rétablir les pays européens dans leur autonomie, eux qui avaient au coeur et à l’esprit l’idée de liberté et de résistance.

Ceux qui sont toujours parmi nous poursuivent ce travail de résistance, en continuant inlassablement de témoigner, par des livres, des conférences, des réunions d’informations auprès des écoliers; tout comme les enseignants et les chercheurs, ils nous font comprendre l’origine de ce conflit, son expansion, ses enjeux et sa résolution.

Autrement dit, son Histoire.

Grâce à eux, nous savons que les propagandistes du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, trouvent leur chemin dans la misère économique des hommes et le vide intellectuel des esprits.

Nous savons que cet engrenage inexorable a pris forme et figure, déjà, au sein de l’affaire Dreyfus puis fut relancé après la première défaite allemande de 1918.

Nous savons que « le ventre de la bête immonde » comme l’écrivait Brecht, était toujours fécond.

Cet engrenage a trouvé des racines d’abord dans le rejet irrationnel des juifs rendus responsables de tous les maux et surtout de la crise économique de 1929, qui frappait de plein fouet l’Europe et fit des millions de chômeurs.

Au nom de la domination d’une improbable « race » sur les autres, au nom de la théorie de « l’espace vital » d’un peuple, Hitler le  chancelier nazi de 1933, parvint à infuser à presque toute une nation l’idée, le concept même, de sa supériorité : cette idée immonde et fausse que l’élimination des uns rendrait possible l’expansion des autres.

L’invasion des pays limitrophes de l’Allemagne, progressivement, se fit d’abord sous l’anesthésie et la sidération générale des européens. Sans parler des complices muets.

Le jeu de dominos était en marche.

La guerre sur tous les fronts – Est, Ouest, Nord, Sud – se propage et creuse le sillon magistral de la mort et de la destruction.

Cette haine délirante, cinq années durant, cette terrible souffrance, cette peur permanente, les citoyens ordinaires, les civils, les peuples, les ont vécu dans leur chair et leur âme, comme les combattants armés sur les fronts.

Résistants à mains nues, sans papiers, soldats du grand jour ou clandestins de la nuit, fabricants de faux documents, porteurs de messages, dynamiteurs de rails, Justes parmi les nations, peuples des camps disparus ou revenus, derniers témoins, héros connus ou inconnus, combattants de la tolérance, c’est à vous que nous devons la liberté du 8 mai 1945.

C’est à vous tous que nous rendons hommage aujourd’hui, en écoutant ces paroles de souffrance en même temps que d’espoir, extraites du recueil Destinées arbitraires, du poète Robert Desnos, mort du typhus en 1945 au camp de Theresienstadt, quelques jours après l’arrivée des alliés :

« Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
de la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent. »

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