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Soldes d’été : l’écologie politique au rabais ?

imagesJournées d’été EELV. Tribune Libération 21 août. Certains responsables d’Europe Ecologie-Les Verts croient leur heure venue. Leur espoir prospère sur la débâcle des élections municipales et européennes et sur le départ des écologistes du gouvernement. A coups d’interviews, textes, déclarations, déclamations, comme autant d’armes de division massive, ils tentent aujourd’hui de miner les fondements de notre mouvement.

Dernière salve en date : une tribune des parlementaires Jean Dessessard, Jean-Vincent Placé et François de Rugy qui appelle ni plus uni moins à un regroupement centriste. L’objectif à peine voilé est d’organiser les soutiens écologistes au projet social-libéral porté  par le Président de la République et son Premier Ministre.

Nous connaissons ce processus. Il s’inspire, vingt ans après, d’un épisode de division qui faillit être fatal à l’écologie politique et l’affaiblissant durablement. A l’époque, autour de Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo et quelques autres, soutenus par François Mitterrand et Michel Rocard, un rassemblement de personnalités hétéroclites avait débouché sur la création de Génération Ecologie. L’écologie politique en avait été fracturée. Il fallut des années d’abnégation militante pour que les Verts survivent et finissent par s’imposer, mais aussi pour que l’écologie politique choisisse enfin sa stratégie.

La même manœuvre est aujourd’hui en cours. Autour de Jean-Luc Benhamias et de son Front démocrate écologiste et social, et de quelques dirigeants d’Europe Ecologie Les Verts, une dynamique  centriste s’affirme dans la foulée du départ précipité des ministres écologistes du gouvernement.

Ce départ n’ayant été ni explicité, ni réellement compris par une partie du mouvement, l’incertitude stratégique dans laquelle est plongé le parti écologiste est utilisée pour légitimer une initiative dont l’objectif est clair : à la fois soutenir  le pacte de responsabilité et la politique de rigueur et arrimer l’écologie au centre, et au pouvoir.

Eviter le piège tendu par ceux qui veulent brader l’écologie au plus offrant,  commence par la lucidité et le décryptage de ces grandes manœuvres.

Mais dénoncer ne suffit pas. Les forces vives de l’écologie politique qu’elles soient à l’intérieur ou en dehors d’EELV doivent se regrouper et s’organiser pour proposer une alternative cohérente à cette stratégie de division visant à conforter la politique conduite par le gouvernement Valls.

Cela suppose d’une part et dans un premier temps de refuser le chantage : si la majorité s’obstine dans sa politique, nous n’y avons plus notre place.

Nous ne faisons pas de l’appartenance à la majorité l’alpha et l’oméga de notre identité politique. Nous estimons, au contraire, qu’il est plus que temps de mettre en place une stratégie de convergences des oppositions sociale et politique à cette politique, non seulement au Parlement mais aussi sur le terrain.

Nous devons sortir de l’entre soi. Et si le dialogue et les convergences sont nécessaires et utiles, nous n’avons pas plus à suivre les « frondeurs » socialistes qu’à  jouer aux porteurs de valises d’un Front de Gauche divisé. La première étape est de faire émerger un pôle anti-productiviste d’écologie de transformation rassemblant les partisans de l’écologie populaire, de l’éco-socialisme, des objecteurs de croissance.

Après avoir avalisé ces deux dernières années une politique en faveur du patronat et faisant les yeux doux à la finance, au nom des petits pas, nous ne pouvons nous laisser enfumer par la future loi sur la transition énergétique.

La convention climat 2015 sera le second enjeu du bras de fer entre l’écologie d’en haut et l’écologie d’en bas. Ne nous faisons pas d’illusion sur ses résultats, mais nous ferons tout pour construire un rapport de forces favorisant la lutte contre le dérèglement climatique et la jonction avec les initiatives du mouvement pour la justice climatique avec les militant-e-s de l’écologie du quotidien, des collectifs contre les grands projets inutiles, des villes en transition, des Amap, du commerce équitable, de la finance solidaire, et des luttes pour la défense des services publics et les intermittents culturels.

Nous souhaitons dialoguer avec tous-tes les militant-e-s, organisé-e-s ou non, se réclamant de l’écologie politique. L’écologie par en bas, l’écologie populaire, qui en a assez des petits arrangements entre amis et qui se bat contre la crise et ses conséquences et lie indissolublement l’environnement et le social, cette écologie-là, n’est pas une marchandise !

La condition incontournable du redressement de l’écologie politique, c’est son indépendance, sa liberté et son autonomie.

Julien Bayou, Jacques Boutault, Sergio Coronado, Karima Delli, Elise Lowy

 

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