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Comment mesurer le bien-être ?

Notre compteur de richesse, le PIB, est réglé sur la croissance. Il n’est plus adapté pour mesurer le niveau de notre qualité de vie. Il ne mesure pas notre bien-être, mais exprime un flux monétaire. Or il existe une richesse invisible qui n’apparaît nulle part et qui pourtant contribue au bonheur.

Notre compteur de richesse, le PIB, est réglé sur la croissance. Il n’est plus adapté pour mesurer le niveau de notre qualité de vie. Il ne mesure pas notre bien-être, mais exprime un flux monétaire. Or il existe une richesse invisible qui n’apparaît nulle part et qui pourtant contribue au bonheur.

Les journées d’été des Verts ? Un moment exaltant pour l’esprit, parsemé de chaleureuses rencontres et d’échanges réconfortants. J’ai eu la chance, grâce à Yoga Nanthan des Verts Rhône Alpes, à qui j’ai apporté mon aide pour monter un atelier sur les nouveaux indicateurs de richesse, de rencontrer une personnalité que je ne connaissais que par ses écrits :  Patrick Viveret. Un homme plein d’humour et fort courtois.  Sa démonstration, au cours de l’atelier, « indicateur de bien vivre et justice sociale » a captivé une salle bourrée à bloc.

Pour Patrick Viveret, la crise actuelle met en valeur deux phénomènes interdépendants : la démesure et le mal-être. Nos compteurs de richesses, construits autour du PIB, sont réglés sur une croissance productiviste insoutenable. Ils n’expriment plus ce qu’ils doivent mesurer : notre bien-être. Ils ne sont plus adaptés pour mesurer le niveau de notre qualité de vie. Ils expriment uniquement des flux monétaires. Or il existe une richesse invisible qui n’apparaît nulle part et qui pourtant contribue au bonheur. L’activité des bénévoles, le jardinage dans son potager… mais aussi, le temps que l’on accorde aux autres, à l’échange convivial, à la rencontre… Autant de valeurs non quantifiables de façon monétaire et pourtant d’une grande richesse sociale et humaine.

A cela s’ajoute la nécessité de penser une autre approche de la monnaie. Actuellement, 97% des échanges monétaires ne correspondent pas à des échanges de biens et services réels. Ce « productivisme monétaire » produit la boucle spéculative responsable des crises économiques cycliques et notamment celle que nous vivons.

La décroissance est donc au cœur du projet écologiste en ce sens qu’elle s’oppose à la démesure. Démesure qui tue la substance du lien social et accroît dangereusement la distance entre économie réelle et économie spéculative.

Pour cela, il faut commencer par changer d’instruments de bord. Ceux dont nous disposons actuellement ne permettent pas de donner un autre cap au navire planétaire qui fonce droit sur les récifs. Nous devons modifier les compteurs de richesses (la comptabilité nationale et le PIB) et ses formes dominantes, en particulier la forme monnaie qui génère une spéculation massive.

L’enjeu est donc de réussir l’acceptation des limites dans un monde fini et de mettre en place des indicateurs de « santé sociale ». Pour cela nous devons d’abord nous désintoxiquer de la croissance et offrir des perspectives de mieux vivre, déconnectées du système productif. En ce sens la question sociale conditionne la question écologique.

Dans le cadre d’une société de compétition permanente et de mise en concurrence de tous et de chacun, nécessaire à la croissance, les inégalités entraînent un fort malaise social. Le stress que subissent les salariés soumis à la machine productiviste (ou ceux qui en sont privés et qui cumulent absence de reconnaissance sociale et de pouvoir d’achat), renforce ce mal-être.

Il nous faut donc travailler à l’affranchissement des imaginaires et des comportements à l’égard des modèles dominants et remettre au goût du jour le concept d’écosophie ou d’écologie mentale cher à Félix Guattari. C’est d’une urgente actualité pour que les richesses humaines, bien que non quantifiables monétairement, soient mesurées et reconnues comme des richesses à par entière. Puis promues comme modèle alternatif de bien-être permettant de démontrer que la richesse monétaire n’est pas une fin en soit. Et que tout ne s’achète pas.  « C’est symptomatique, conclut Patrick Viveret, nous sommes passés d’un monde où ce qui avait de la valeur n’avait pas de prix, à un monde où ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur ». A méditer !

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