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Vêtement architectural : le Sentier vaut bien de l’art

Discours inaugural. Je suis très heureux de vous accueillir et de vous voir si nombreux, en ce jour si frais, pour inaugurer l’œuvre de Claire Maugeais, peint sur ce bâtiment de notre quartier Sentier-Bonne Nouvelle.

Ce fut une longue marche, initiée en 2007, voulue par les habitants et membres du Conseil de quartier. Cette création artistique est le résultat de leur souhait de voir l’histoire et l’identité parfois méconnues ou mal connues d’un quartier, celui du Sentier, prendre une dimension particulière.

Notre quartier a besoin qu’on lui porte un intérêt, qu’on le regarde de manière différente, je dirais presque qu’on le « chouchoute », qu’on le reconnaisse pour ce qu’il a donné, à un moment de son histoire où il se transforme et où l’on attend de lui qu’il donne encore beaucoup. Il a besoin aussi qu’on le respecte et qu’on le valorise dans sa singularité et sa richesse historique et culturelle.

Un  quartier se définit par l’usage qu’en font ceux qui y habitent mais aussi ceux qui y travaillent. Ce sont eux qui en connaissent les coins et recoins, les ressources, les qualités et les améliorations à y apporter.

Tout cela, les Conseils de quartier l’ont bien compris et s’en sont fait l’écho auprès des élu(e)s, disant leurs préoccupations, offrant le fruit de leurs réflexions, participant ainsi à faire vivre une démocratie faite de dialogue et d’échanges.

Il n’est pas courant de voir des conseillers de quartier tourner leurs réflexions vers l’art. C’est pourquoi je les remercie très sincèrement d’avoir accepté de consacrer près de 7 années budgétaires à la mise en œuvre de cette réalisation.

En particulier, je souhaite adresser ma reconnaissance aux Conseillers qui se sont impliqués dans cette démarche, qui l’ont voulue, qui l’ont porté qui y ont travaillé : Valérie Ballu, Alain Boust, Noël Burch, Blandine Delhomme, Dominique Dudous, Alfred Duduogolu, Didier Elbaz, Christine Lelarge et Pauline Gavrilov. Et bien sûr l’actuelle présidente du Conseil de quartier Sentier-Bonne Nouvelle, Karine Gillard.

Ils ont ainsi démontré une grande ouverture d’esprit et prouvé qu’encore une fois, l’art et la culture sont au cœur de la vie citoyenne.

Je tenais aussi à remercier Direction des affaires culturelles de la ville de Paris pour l’aide à la décision qu’il a apportée à cette réalisation originale. Merci aussi aux services et au cabinet de la mairie du 2e arrondissement qui ont dénoués les fils d’un dossier compliqué car sans précédent à Paris. Et je remercie aussi le propriétaire de l’immeuble, Alfred Hajdu d’avoir très vite compris et accompagné la réalisation de ce projet.

Quatre artistes ont été conviés à l’appel à projet, un seul, une seule, a été retenue. Il lui a fallu comprendre l’intention et l’attente des habitants et en même temps s’approprier le quartier dans sa globalité et en quelque sorte l’ausculter comme un médecin bienveillant.

Ce morceau du 2e, ce coin de Paris si original, que son activité de commerce de vêtements et tissus de gros a tant marqué dans son évolution même, il s’agissait de l’appréhender dans sa singularité et dans sa géographie. Souligner son passé c’est reconnaître son histoire.

Le diagnostic posé par la plasticienne retenue, Claire Maugeais relève d’un geste original et innovant : il ne s’agit pas d’une œuvre installée sur une place ou à un carrefour, d’une œuvre « en plus ».

Il s’agit d’une œuvre « intégrée », d’une intervention quasi « homéopathique » sur un ouvrage architectural au croisement de trois rues, qui le respecte tout en le transformant et qui, ainsi, met en valeur un immeuble jusque-là invisible pour certains, ou trop visible pour d’autres.

Un immeuble moderne, érigé en 1976, qui a pu, à l’origine, heurter le regard parce qu’il s’installait face à des bâtisses des 18e  ou 19e siècles. En soulignant la trame formée par ses lignes contemporaines, le vêtement architectural que lui fait revêtir l’artiste lui donne enfin tout son sens, sa touche finale, sa raison d’être ici.

Intervenir sur un ouvrage construit est un pari. Ce geste contemporain, qui oblige le flâneur à lever les yeux, est un ajout qui s’interpose entre le moderne et nous, entre le passé et nous, entre le bâtiment et notre ancien regard sur lui. C’est en soi une rupture mais c’est aussi une continuation.

Je suis très fier de cet investissement de l’art dans l’espace public. De ce regard d’artiste qui se mêle du regard des autres, transforme la physionomie du lieu et lui donne une autre dimension. Merci pour tout cela à toutes celles et à tous ceux qui y ont contribué.

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