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C’est notre modèle de développement qui est en crise pas la finance

La crise que nous vivons n’est pas une crise financière. C’est une crise de notre modèle de développement. Un modèle basé sur la libéralisation des échanges marchands et monétaires, l’accumulation des richesses entre les mains de quelques-uns, l’accroissement des inégalités qui en découle et la prédation sur les ressources naturelles. C’est ce modèle qui atteint sa limite. La finance n’est pas en crise. Elle créée la crise, économique puis, sociale. Et plutôt que de corseter les marchés financiers dans un règlement rigoureux, les gouvernements européens mettent en place une politique d’austérité conforme aux demandes – et intérêts – des spéculateurs : poursuite des désengagements de l’État dans ses fonctions d’aide aux populations (éducation, santé, transports, préservation des biens communs…) et baisse des impôts : depuis l’après guerre, le niveau des prélèvements obligatoires n’a jamais été aussi faible. Et cette baisse devrait se poursuivre. Du coup, la rentrée ne sera pas facile pour les élus locaux.

La crise a des répercussions sur le budget des Etats et donc des collectivités territoriales  (dont Paris qui, depuis la suppression de la taxe professionnelle, tire une grande partie de ses recettes des dotations de l’Etat).

La libéralisation des marchés dans un cadre de mondialisation de l’économie depuis les années Reagan-Thatcher a conduit en 2008 à la crise des subprimes. Les Etats ont alors renfloué les banques (ils n’avaient pas le choix), mais sans contre parties réelles (prises de participation au capital, règles de fonctionnement plus éthiques…). Remis sur pied, le système financier a pu spéculer sur les dettes souveraines, celle des Etats.

Pour y faire face, alors que l’endettement des États tient plus à la baisse des recettes (diminutions d’impôts) qu’à la hausse des dépenses publiques, en France, le gouvernement a décidé une politique d’austérité renforcée. Elle vise à diminuer encore plus l’intervention de l’État : poursuite du non remplacement de fonctionnaires (et suppressions de postes dans l’Éducation nationale), réduction des aides aux associations d’insertions, diminution des dépenses de santé, baisse des dotations aux collectivités territoriales, etc.  Des mesures qui touchent principalement les ménages moyens et qui exempte d’efforts les hauts revenus qui seront taxés à la marge et temporairement (impôt supplémentaire de 3% au-delà de 500 000 euros de revenus).

L’inscription de la « règle d’or » (pas d’entêtement supérieur à 3% du PIB) est un leurre. Une mystification dont l’objectif est de brider les marges d’action des responsables politiques démocratiquement élus. Respecter cette « règle d’or » signifie tout simplement la poursuite du désengagement de l’État.

Objectif  de cette politique :  satisfaire aux exigences des agences de notation de sorte qu’elles ne dégradent pas la note « AAA » de la France. Le plan d’austérité est fait pour rassurer les marchés et flatter les agences de notation. Ce sont donc les marchés financiers qui décident de la politique française (et européenne) !

Dans ce contexte, et malgré le désengagement de l’État, la Ville de Paris poursuit inlassablement son effort dans le domaine social et de la solidarité. Elle y consacre des sommes importantes (plus de 70 millions d’euros), mais indispensables, notamment pour l’aide sociale à l’enfance, l’hébergement d’urgence, les personnes en situation de handicap ou encore les personnes âgées. Mais la Ville ne peut pas éternellement se substituer à l’État défaillant.

Les élus locaux devront donc faire mieux avec moins, dans un contexte où les Parisiens les plus démunis sont de plus en plus nombreux (le nombre de personne sans domicile s’est encore accru) et où beaucoup ont du mal à payer leur loyer. Et perdre son emploi, alors que le chômage augmente encore est souvent un drame irréversible et le début du déclassement.

Il serait temps de remettre la finance à sa place : au service du bien commun. Des solutions existent : taxation des mouvements de capitaux, interdiction de spéculer sur les dettes des Etats, transparence sur les mouvements spéculatifs, hausse des impôts des plus riches, suppression des niches fiscales et lutte contre les paradis fiscaux. Encore faut-il que les politiques n’abdiquent pas devant les financiers…

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