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Harcèlement et agression sexuels : le courage de parler

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Bravo. Oui, bravo à ces huit femmes qui ont brisé l’omerta. Quel courage ! Car, oui quand on est victime d’agression ou de harcèlement sexuels, parler demande du courage.

L’omerta, vous avez dit omerta ? « C’est à dire que tout le monde savait mais que personne n’a rien dit ? » Cette question revient comme un refrain. « On » savait et « l’on » ne savait pas. Pas tout. Ça dépend qui. Ça dépend quoi.

Parler pour protéger d’autres femmes

Moi, je savais un peu, une bride. Je la tiens d’Annie Lahmer. Je savais qu’au début, il y a un certain nombre d’années quand, jeune militante anti-nucléaire, Annie a rejoint les Verts, il s’était passé quelque chose. La confiance qui se gagne au fil du temps, amène à des moments d’authenticité : « Baupin tu sais, c’est un salaud », m’avait-elle dit. Ah bon ? Puis de raconter. « J’étais dans une pièce seule avec lui. Il s’est approché de moi​, ​a​ voulu me toucher,  je me suis sauvée, protégée par une table, nous tournions autour, lui cherchant à me saisir ». Je savais donc mais je n’ai rien dit. Dire quoi ? A qui ? A la place de qui ? Des femmes, agressées comme des proies par un prédateur, il faut respecter la parole et la douleur. Je ne pouvais qu’encourager Annie à parler. A parler pour protéger d’autre femmes, pour prévenir.

Dans notre monde machiste et hétéro-normé, parler n’est pas facile. Les victimes sont le plus souvent soupçonnées « de l’avoir tout de même un peu cherché », par leur attitude, leur habillement ou par un regard ou un geste. Tout est bon au prédateur pour justifier son passage à l’acte.

Demande-t-on au volé de prouver le vol ?

De même, tout est bon pour justifier la pulsion dominatrice, ce ne serait que « de la drague un peu lourde » qui pourtant nie la personne. Et c’est niées dans leur identité que les femmes agressées sont sommées de réagir.

Mais réagir comment ? Violemment ? En hurlant ? En se sauvant ? Or, la première réaction face à ce type d’agression, c’est la stupéfaction, la sidération. Et puis bizarrement, il y a la honte. « Je me sentais malgré moi un peu coupable de ce qui m’arrivait », confie l’une d’elle.

Alors réagir en témoignant. A froid. Pour les autres, plus que pour soi. Porter plainte dans un commissariat ? L’horreur. Patienter, parfois des heures, puis faire une déposition (le plus souvent devant un homme), consignée dans un PV. Et encore, si le fonctionnaire l’accepte !

De nombreuses femmes agressées affirment avoir été dissuadées de porter plainte par la police. Tout juste accepte-t-on de prendre une « main courante ». Et là encore, il en faut expliquer, se justifier, voire prouver. Demande-t-on à la victime d’un vol de prouver le vol ? S’il connaît son voleur, lui oppose-t-on la présomption d’innocence ? Autant dire que c’est le plus souvent ajouter de l’indécence à l’humiliation, à tel point que beaucoup de femmes préfèrent renoncer. Tenter d’oublier.

La parole se dénoue, l’omerta est brisée

Les victimes de harcèlement devraient pouvoir se confier à une association d’aide. Puis, être conseillées dans leurs démarches juridiques. L’association devrait pouvoir porter plainte à la place des victimes.

Le témoignage de ces huit femmes – d’autres viendront – aura cette principale vertu : faire évoluer les mentalités. Prendre des dispositions pour que les victimes ne soient pas humiliées une seconde fois. Et faire prendre conscience aux machos de la gravité de leurs actes.

Alors oui, bravo à ces huit femmes qui ont choisi de ne plus se taire et qui témoignent dans la presse (voir la vidéo). Bravo à ces quatre femmes qui ont choisi de témoigner à visage découvert. La parole va enfin se dénouer. Les masques tomber. L’omerta est brisée.

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