A quoi sert l’écologie politique ?

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(Quimper, journées d’été. Contribution au débat). Alors que l’écologie est dans toutes les têtes, et semble avoir conquis la majorité culturelle, le score électoral des Verts est au plus bas. Comment s’explique ce paradoxe ? Certes, les Verts doivent faire évoluer leurs statuts et leurs pratiques. Car quand on a pour ambition de sauver la planète, le moins que l’on puisse faire est de s’entraider, se respecter et chercher à être efficace. Pourtant, j’en suis convaincu, la question essentielle n’est pas là. Face à une droite décomplexée, prête à toute évolution sociétale, à condition que ne soient pas remises en cause les conditions d’accumulation du capital, et à une gauche en perte de repères, les Verts doivent penser l’écologie comme un outil de transformation sociale. Et démontrer que les conditions d’exploitation des êtres humains et des ressources naturelles de la planète procèdent de la même logique : celle de la course au profit.

L’écologie est désormais dans toutes les têtes, dans la pub, dans les médias. Plus une entreprise qui ne publie son rapport « développement durable ». L’économie libérale a parfaitement intégré les contraintes environnementales, à condition que ces « contraintes » deviennent source de profit, un moteur à la croissance. L’écologie est un nouvel argument marketing. Bref, le capitalisme semble en passe de digérer l’écologie.

Les collectivités locales et territoriales ne sont d’ailleurs pas en reste. A leur tour, quelle que soit la couleur de leur exécutif – de gauche comme de droite – elles s’emparent des questions environnementales qui deviennent un domaine essentiel de toutes politiques locales : tri des déchets, constructions HQE, bio dans les cantines, énergie éolienne, promotion des modes de déplacement les moins polluants…

L’écologie se ferait-elle sans les écologistes ? Il s’agit ni de se réjouir d’avoir ainsi conquis la majorité culturelle, ni de déplorer que ces évolutions se déroulent, alors même que le score électoral des Verts est au plus bas.

L’opinion publique crédite les Verts de leur capacité à avoir su alerter. Mais il ne sert à rien d’avoir eu raison avant tout le monde. Nous devons nous interroger sur ce paradoxe. Alors même que l’écologie n’a jamais été aussi présente dans les esprits et la société, les partis de l’écologie politique ne suscitent pas l’adhésion.

Les écologistes en sont pas perçus par l’opinion publique comme étant suffisamment crédibles pour répondre aux questions que pose le dérèglement climatique. Pourquoi ?

Alors même que nous prétendons vouloir sauver la planète, nous apparaissons, divisés, en querelles permanentes. Ces querelles, exacerbées sans doute par le mode de fonctionnement des Verts, sont pour une part liée à notre organisation et nos statuts.

Mais cette explication, a elle seule, n’est pas suffisante. Certes, réformer les statuts pour améliorer la lisibilité de notre discours et pour mettre fin à la surreprésentation des courants (9 000 adhérents répartis en 8 sensibilités, cela frise le ridicule) est nécessaire. Mais ce n’est pas statutairement que nous règlerons  le problème de fond qui se pose à nous : celui de notre ancrage et celui projet politique.

Car la question principale est bien celle-là : l’écologie politique, telle que la conçoivent les Verts, est-elle une social-démocratie libérale préoccupée, par les questions environnementales ou un outil de transformation sociale ?

Il existe, au sein des Verts, un clivage essentiel que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui au sein de l’ensemble de la gauche de gouvernement. Ce clivage pose la question, de la place et du rôle du marché dans notre société.

Penser l’écologie sans analyse critique du libéralisme, de la croissance et de la répartition des richesses revient à positionner l’écologie comme a-politique ou centriste. Et renvoie au « ni droite ni gauche » ou au « et gauche et droite ». Un centrisme que certains, y compris au sein des Verts, revendiquent.

Ce positionnement est suicidaire. Car, si l’écologie est a-politique, tous les partis peuvent s’en emparer. L’écologie devient un simple vernis qu’il convient d’appliquer sur toute politique de droite comme de gauche. Dès lors, il n’est plus besoin de parti écologiste. « Les écolos devraient être dans tous les partis », entend-on souvent. Il n’y a donc plus de place pour un parti écologiste.

Il est de plus en plus clair, alors que le PS est tenté par une stratégie de recentrage qui le rend moins lisible et surtout moins utile dans le paysage politique et que, avec un gouvernement de droite triomphant et revanchard, prêt à accepter toutes évolutions sur le plan sociétal pour se maintenir au pouvoir, le véritable clivage politique s’opère dans le domaine de la répartition des richesses et des conditions sociales et environnementales de production.

Le sarkozisme représente une bourgeoisie moderne et décomplexée. Ce pouvoir est capable de mettre en œuvre toute évolution sociétale qui ne remet pas en cause son orientation idéologique fondamentale.  Place des femmes et des minorités visibles, discrimination positive, promotion des langues régionales dans l’enseignement, droit de vote des résidents non communautaires aux élections locales, mariage gay… Tout est possible à condition de ne pas remette en cause l’accumulation sans fin du capital.

Seule la perpétuation des conditions d’exploitation n’est pas négociable. Cependant, pour assumer leur fonction de la défense des intérêts de la grande bourgeoisie héréditaire aisée, les thuriféraires sarkozistes doivent impérativement contrôler la diffusion de l’information à laquelle, est dévolue la mission de véhiculer l’idée fausse (magistralement démontrée par Bourdieu) que celui qui travaille, s’il est méritant, peut s’enrichir. Les pauvres seraient des ratés qui ne se sont pas donnés la peine.

Dans ce contexte, réaffirmer l’autonomie et l’ancrage à gauche de l’écologie politique est la seule voie possible, après l’échec des sociétés du « communisme réel » et leur effondrement en 1989. Le défi qui nous est posé est de démontrer que les questions économiques et environnementales sont étroitement liées. L’écologie apporte une réponse à ceux qui souffrent. Elle n’a de sens que si elle place l’être humain au cœur des ses préoccupations et se présente comme un vecteur d’émancipation.

Le débat doit s’ouvrir avec tous ceux qui ont la conviction que l’écologie est un outil humaniste de transformation sociale, un paradigme politique indissociable de la mise en œuvre d’une plus grande justice sociale.

0 réponse

  1. Oula-la ! Je vois qu’on pense chez les verts. l’année prochaine, j’irai à votre université d’été. Enfin, si vous existez encore !

  2. Merci pour vos remarques. J’ai corrigé les coquilles. A Nolouène, je peux affirmer que nous serons encore là en 2008, soyez rassurée… ou inquiète selon que vous êtes consciente ou pas de l’urgence de réformer (ou révolutionner!) ce système absurde et inéquitable qui pousse les êtres humains à une compétition absurde et suicidaire. JB

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